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Note aux lecteurs
Ce livre, est une autobiographie montrant que celui qu'Allah (swt) bénit
de Sa grâce, arrive à force de recherche, à reconnaître la religion la
plus proche de son Seigneur. C'est l'école de pensée d'Ahl-Al-Bayt (la
Sainte Famille du Prophète) dont l'amour a été rendu obligatoire par le
Saint Coran (Ach Choura (42), verset 23), et par le Saint Prophète
lui-même.
A ceux qui n'ont pas encore eu
l'occasion de le lire, j'incite expressement à le faire pour deux
raisons:
pour que les frères et soeurs Shia
Issna Asheri maîtrisent mieux les fondements de leurs propos religieux
(ce qui n'est pas toujours le cas).
pour pouvoir répondre ou "s'armer" contre certains musulmans qui
dénigrent chroniquement la foi chiite duodécimain.
"Man a'arafa nafssahou, faqad a'arafa
rabbahou" (connaît-toi toi-même pour connaître ton Seigneur) dit un
célèbre hadiçe de nos Massoumines (as)
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Dédicace
Mon livre est un témoignage, le récit d'un
voyage, l'histoire d'une découverte an sein de l'Islam et dans ma foi.
Puisque toute découverte est basée sur
l'esprit saint, et c'est la raison qui distingue l'homme des autres
créatures. Je voudrais dédier ce livre à tout esprit éclairé qui sait
discerner la vérité de l'erreur, à tout esprit animé du désir de
compréhension.
Je dédis ce livre à tout être sachant comparer
les idées et théories, et qui est capable de reconnaître ce qui est logique
de ce qui ne l'est pas, et ce qui est authentique de ce qui est douteux et
improbable.
Allah le tout puissant a dit: "Ceux
qui écoutent le discours et en suivent le meilleur. Ce sont ceux-là que Dieu
a bien guidés et ce sont ceux-là les gens doués de cerveau."
Azzoumar -18.
A ceux-là je dédis mon livre, en espérant
qu'Allah Loué soit-Il éclairera nos esprits avant nos yeux, pour nous guider
et illuminer nos cœur, pour qu'il nous montre la bonne voie afin d'aller à
lui, et la mauvaise voie à éviter, Daigne t-Il, nous accepter parmi ses
serviteurs fidèles, car Il écoute et Il exauce.
Mohamed Tijani Smaoui
Table des matières
Louange à Dieu, Seigneur de l'Univers, Il créa
l'homme de la terre, et le façonna de la meilleure façon. Il l'a élevé
au-dessus de toutes les créatures, Il ordonna à Ses Anges de se prosterner
devant Lui.
Il lui fit don de l'esprit qui apporta la foi,
Il le dota de yeux pour voir, d'oreilles pour entendre et de moyens pour
s'exprimer.
Il lui envoya Ses Messages pour lui annoncer
de bonnes nouvelles, pour l'avertir, pour l'alerter et l'empêcher de
s'égarer en suivant le diable maudit.
Il lui interdit d'adorer Satan son ennemi. Il
lui ordonna de n'adorer qu'Allah et de suivre le chemin droit avec
conviction et compréhension. Et Il lui défendit de suivre les croyances de
ses ancêtres, de ses amis ou de ses parents qui ont toujours suivi les
croyances de ses prédécesseurs sans raisonner.
Qui donc a meilleur parler que celui qui a
appelé à Dieu, qui a agi dans le bien,et qui a dit:"je
fais partie des musulmans". Foussilat, Verset 33.
Que les bénédictions, les salutations et la
paix soient sur Son Messager Mohammed, qui apporta la grâce. Celui qui fut,
le soutien des faibles et des opprimés, Sauveur de toute l'humanité de
l'ignorance et des ténèbres, qui les guida sur la voie illuminée, celle des
fidèles et des bienfaisants.
Que la bénédiction et les salutations d'Allah
soient sur notre maître Mohammed Ibn Abdallah, le Prophète. Egalement sur sa
descendance purifiée, qu'Allah a choisi parmi tous les fidèles comme
exemples et guides à tous les croyants. Dieu nous incitait dans le Coran à
les suivre, car Il les purifiait et les rendait infaillibles. Il a promis
que quiconque montera sur leur vaisseau sera sauvé, et quiconque s'en
abstiendra périra.
Que les bénédictions et les salutations soient
sur les honorables Compagnons qui ont soutenu et honoré le Prophète et sa
noble descendance, et se sacrifièrent pour la victoire de l'Islam. Ils ont
connu la vérité et lui ont été fidèles avec conviction et sont restés sur le
bon chemin, car ils étaient reconnaissants.
Qu'Allah les récompense pour leurs services
rendus à l'Islam et aux musulmans. Que les bénédictions et les salutations
soient sur leurs successeurs, et tous ceux qui demeurent et progressent sur
le chemin droit, guidés jusqu'au jour du jugement.
O Seigneur, exauce mon vœu, Tu connais tout et
Tu entends tout.
O Seigneur, ouvre mon cœur, c'est Toi qui nous
conduit à la vérité absolue. Je te prie ô Seigneur de m'aider à mieux
m'exprimer, car Tu octroies la Sagesse à quiconque parmi Tes fidèles
adorateurs.
Je Te prie Seigneur de me prodiguer Ta
connaissance et de me permettre de joindre Tes Serviteurs vertueux.
Je me souviens encore, comment mon père m'a
emmené avec lui à la Mosquée locale pour les prières rituelles, "Tarawih"
pendant les nuits du mois de Ramadan. J'avais alors dix ans. Il m'a présenté
aux hommes qui priaient là et qui ne pouvaient cacher leur étonnement.
Je savais d'avance que le Meddeb (enseignant
du Coran) avait tout arrangé pour que je dirige les prières de "Ashfâa"
pendant deux ou trois nuits.
J'étais habitué à la prière avec les enfants
du quartier derrière lui, et j'attendais que l'Imam (dirigeant des prières)
arrive à la sourate de Maryam, l'autre moitié du Coran.
Mon père veillait à nous apprendre le Coran
aussi bien à l'école Coranique qu'à la maison. Un parent aveugle qui
connaissait le Coran par cœur, nous donnait des leçons privées.
Voulant montrer sa bonne influence sur moi le
"Meddeb" m'a appris les "Rakâa" (génuflexions) appropriées pendant les
prières, il était fier que je puisse réciter le Coran dès le bas âge, et dut
me tester plusieurs fois pour s'assurer que je comprenais bien toutes ses
instructions.
Après avoir dirigé les prières et récité le
Coran, comme je devais le faire, tous les hommes présents félicitèrent mon
père et remercièrent mon "Meddeb" pour ses efforts, ils louèrent Allah pour
la grâce de l'Islam.
Ces souvenirs me poursuivent encore maintenant
car on m'admirait beaucoup et ma réputation s'était étendit au delà du
quartier et jusqu'à la ville entière.
Ces nuits de Ramadan ont laissé leurs
influences religieuses sur moi jusqu'à nos jours, et à chaque fois que je
traverse une période de confusion, je sens un pouvoir mystérieux qui
m'attire vers la bonne voie; et chaque fois que je sens la faiblesse de mon
âme et la futilité de la vie, ces souvenirs s'élevant en moi et m'élevant
spirituellement et en éclairant dans ma conscience la flamme de la foi pour
me permettre d'assumer mes responsabilités. La charge qui me fut confiée par
mon père et mon "Meddeb" (diriger la prière en bas âge) m'a fait sentir que
je n'excellait pas, ou du moins que j'étais au delà de ce qu'en attendait de
moi. C'est pour cela que j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans une
rectitude relative, mais pas sans jeux innocents et une avidité de connaître
et d'imiter.
Pendant cette période que je fus entouré par
la grâce divine de telle sorte que je fus tenu à l'écart des actes immoraux
(sans en avoir le mérite puisque cela était la grâce de Dieu).
Je n'oublierai de mentionner que ma mère,
qu'Allah bénisse son âme, avait une grande influence sur moi. Elle a ouvert
mes yeux en apprenant les courtes "sourates" du Coran, ainsi que les prières
et les prescriptions de la pureté rituelle. Elle m'entourait de soins
particuliers parce que j'étais son premier fils et peut-être trouvait-elle
une joie en m'éduquant, car elle partageait le foyer avec l'autre épouse de
mon père et ses enfants.
Le nom de "Tijani" qui me fut donné par ma
mère, avait une signification particulière chez la famille Smaoui. Elle
s'est adhérée à la confrérie soufie des "Tijanis" depuis que l'un des fils
du fondateur de l'ordre en Algérie a visité Gafsa, ma ville natale, où les
familles éduquées et aisées contribuaient à l'expansion de la "Tijaniyya". A
cause de mon nom: "Tijani", je devins très populaire dans la famille Smaoui
et ailleurs, surtout chez ceux qui étaient rattachés à l'ordre "soufi".
C'est pour cela plusieurs vieillards parmi les "prieurs" présents aux
prières nocturnes de Ramadan venaient féliciter mon père, puis embrasser ma
tête et ma main en disant:" C'est la grâce de notre maître le "Cheikh Ahmed
Tijani"".
A noter que l'ordre "Tijani" est largement
répandu au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Soudan, en Egypte et
surtout au Sénégal, et que ceux qui s'y rattachent sont parfois fanatiques,
ils ne visitent pas les tombeaux d'autres saints et prétendent que tout les
saints s'étaient communiqué leur Sagesse, tandis que leur "Cheikh Ahmed
Tijani" avait reçu la sienne directement du Prophète - paix soit sur lui-
bien qu'il naquit treize siècles après la mort du Prophète.
On racontait que le Cheikh Ahmed Tijani
communiquait souvent avec le Prophète - paix soit sur lui- en lui parlant
directement et non en rêve. Egalement que la fameuse invocation formulée par
le Cheikh Ahmed Tijani vaut mieux que quarante récitations du Coran entier.
Mais je m'abstiendrai de m'étendre ici sur
l'ordre Soufi des Tijanis et j'y reviendrai brièvement par la suite.
Ainsi j'ai grandi dans la croyance comme la
plupart des jeunes de chez nous. Nous étions tous, Allah soit loué, des
musulmans sunnites appliquant le rite de l'Imam Malek ibn Anès, l'Imam de la
" Médina".
En Afrique du nord, nous sommes répartis en
plusieurs ordres Soufis. Rien qu'à Gafsa seulement existent la "Tijaniyya",
la "Kadiriyya", la "Rahmaniyya", la"Soulaïmyya" et la "Issawyya".
Chaque ordre mentionné a ses propres fidèles
et sympathisants, qui récitent son "Dhikr"; ses poèmes dans tant de
cérémonies particulières, telles que mariages, circoncisions et tant
d'autres.
Mis à part leurs aspects négatifs, ces ordres
Soufis ont joué un rôle important dans la préservation des rites religieux
et pour le maintien du respect pour les Saints.
J'avais alors dix-huit ans quand
l'organisation nationale des scouts Tunisiens a décidé de m'envoyer comme
l'un des six représentants Tunisiens à la première conférence des scouts
arabo-musulmans qui eu lieu à la Mecque.
J'étais le membre le plus jeune du groupe et
certainement le moins instruit, car parmi nous, il y avait deux directeurs
d'école, un professeur à la capitale, un journaliste et un cinquième dont
j'ignorais la profession. Mais j'ai appris plus tard qu'il était un proche
parent du Ministre de l'éducation national de cette époque.
Le voyage ne fut pas directe, notre première
escale fut Athènes où nous sommes restés trois jours, la deuxième fut Amman
capitale de la Jordanie où nous passâmes quatre jours. Puis nous sommes
arrivés en Arabie Saoudite où nous participâmes à la conférence et
accomplîmes les rites du "Hajj" et "Omrâ" Pèlerinage et visites des lieux
Saints.
Je ne saurais décrire mes sentiments quand
j'entrais dans la maison d'Allah pour la première fois. Mon cœur battait si
vite qu'il faillit percer ma poitrine juste pour voir le symbole du
monothéisme, puis les larmes coulèrent abondamment de mes yeux.
C'était comme si les Anges me haussaient
au-dessus des autres pèlerins et m'élevaient sur le toit de la "Sainte Kâaba"
d'où je répondais à l'appel d'Allah: "O Allah me voici, Ton serviteur vient
à Toi pour Te servir". Ecoutant d'autres pèlerins, j'ai compris que la
plupart d'entre eux ai attendu longtemps et ont fait tant d'économies dans
leur vie pour pouvoir venir à la Mecque et réaliser le pèlerinage.
Dans mon cas le voyage fut rapide et je ne m'y
était point préparé.
Je me rappelle mon père, dès qu'il vit le
billet d'avion et s'assura que j'allais réellement au pèlerinage, il eut les
larmes aux yeux. En me disant adieu il m'embrassa et me dit chaleureusement:
"Félicitations mon fils, Allah a voulu que tu fasses ce pèlerinage avant
moi, tu es le fils de "Sidi Ahmed Tijani" ; prie Allah pour moi sitôt dans
Sa maison, qu'il me pardonne, et que je puisse visiter aussi Sa maison en
pèlerin".
J'ai senti qu'Allah Lui-même m'appelait, qu'Il
prit soin de moi et m'amena dans le lieu que tous les musulmans désirent
tant visiter.
J'ai tant apprécié cette occasion, ainsi j'ai
accompli avec tant de zèle et de ferveur mes prières et mon "Tawaf" (cicumbulations
autour de la Kâaba).
J'ai bien but de l'eau de Zamzam, et gravis la
montagne "Annour", où les gens s'aventuraient à atteindre la grotte de "Hiraa".
Voulant être le premier, je fus devancé seulement par un soudanais, ainsi je
fus le deuxième à cette course.
Quand je fus entré dans la grotte je me suis
roulé par terre comme si j'étais au sein de la prophétie, sentant le souffle
du Prophète, oh quels sublimes souvenirs! Ils m'ont si profondément marqué
et impressionné qu'ils sont restés inoubliables.
Dieu eut soin de moi de plusieurs manières,
tous ceux que j'ai rencontrés dans la conférence m'ont aimé, plusieurs
d'entre eux m'ont demandés mon adresse pour correspondre.
Quant à mes compagnons Tunisiens, qui m'ont
regardés d'un regard méprisant depuis notre première rencontre à Tunis, lors
de l'élaboration du voyage.
Je compris leur attitude mais je fus patient,
car j'ai toujours su que les gens du nord n'appréciaient pas beaucoup les
gens du sud tunisien, et les considéraient comme arriérés, mais bientôt leur
opinion commença à changer.
Pendant le voyage, la conférence et le
pèlerinage, je me montrais digne de leur respect, grâce à ma connaissance de
la poésie, j'ai gagné plusieurs prix. Ainsi je suis revenu dans mon pays
avec plus de vingt adresses de pèlerins, de différentes nationalités.
Nous sommes restés en Arabie Saoudite
vingt-cinq jours pendant lesquels je rencontrais plusieurs Savants musulmans
et j'écoutais leurs conférences, j'étais influencé par quelques croyances
des "Wahhabites", (secte dominante en Arabie Saoudite) et j'espérais que
tous les musulmans les suivraient.
Je pensais qu'ils étaient l'élite choisi par
Allah parmi Ses adorateurs pour protéger Sa maison, car ils étaient les plus
purs et les plus savants sur la terre. J'ai cru qu'Allah leur avait donné du
pétrole pour qu'ils servent l'Islam et prennent soin des pèlerins, les hôtes
d'Allah le Miséricordieux.
Après le pèlerinage je suis retourné dans mon
pays portant le costume saoudien. Je fus surpris par l'accueil que mon père
avait préparé pour moi. Beaucoup de gens étaient venu à ma rencontre, ils
étaient conduits par les Cheikhs des ordres "Issawiyya", "Tijaniyya" et "Kadiryya"
avec leurs tambours de cérémonie. Ils firent le tour de la ville en chantant
en ma compagnie, et chaque fois qu'ils passèrent devant une mosquée, ils
s'arrêtaient pour un moment. Pendant que les gens (particulièrement les
vieux), venaient me féliciter les larmes aux yeux, exprimant leur désir de
voir le maison d'Allah, et visiter le tombeau de son Prophète. Beaucoup de
gens me regardaient comme s'ils n'avaient jamais vu un jeune pèlerin de mon
âge à Gafsa.
J'ai vécu les jours les plus heureux de ma vie
pendant cette période, et beaucoup de gens, y compris les notables de la
ville, venaient me rendre visite et me féliciter.
Ils m'ont souvent demandés de réciter la "fatihaa"
(chapitre inaugural du Coran) avec des prières en présence de mon père, ce
qui me gênait.
Chaque fois qu'un groupe de visiteurs quittait
la maison, ma mère venait vers moi et brûlait de l'encens, et récitait
quelques versets du Coran pour chasser "le mauvais œil".
Pour célébrer cet événement mon père a donné
une fête pendant trois nuits au centre de l'ordre "Tijanyya", où il a égorgé
un mouton chaque nuit pour le banquet. Les gens me posaient toutes sortes de
questions, et la plupart de mes réponses étaient des éloges des Saoudiens.
Bientôt on commença à m'appeler "Hajj" (le
pèlerin) et dans la ville le titre se rapportait à moi. Peu à peu je
devenais célèbre parmi des groupes différents de musulmans et
particulièrement chez les frères musulmans.
Je faisais le tour des mosquées, donnant des
conférences sur des sujets religieux exhortant les gens à ne pas embrasser
les tombeaux, ni toucher les mausolées pour la grâce parce que c'était
surtout signe de polythéisme. Mes activités se multipliaient. Je donnais des
leçons religieuses tous les vendredis avant le prêche de "l'Imam" à la
mosquée "Abi-Yaaâcoub" ; la grande mosquée.
Les leçons religieuses du dimanche étaient
surtout écoutées par mes élèves du secondaire du collège où j'enseignais la
technologie et l'initiation technique. Ils appréciaient mes efforts. Je leur
consacrais beaucoup de mon temps, essayant de les aider à être moins
ignorants et mieux armés face aux athées et certains professeurs
communistes.
Les étudiants avaient l'habitude de m'attendre
avec impatience et voulaient rejoindre nos cercles religieux. Quelques uns
parmi eux venaient à la maison, car j'apportais avec moi bon nombre de
livres sur l'Islam. Je leur lisais ces livres avec méthode afin de pouvoir
répondre à toutes leurs questions.
L'année même où j'ai accompli le pèlerinage à
la Mecque je complétais l'autre moitié de mon devoir religieux en me
mariant. C'était le désir de ma mère de me voir marié avant de mourir, car
elle avait assisté aux mariages de tous mes demi-frères. Allah lui a donc
attribué ce qu'elle espérait, car je me mariais avec une jeune fille que
pourtant je n'avais jamais rencontré auparavant.
Ma mère mourut après qu'elle eut assisté à la
naissance de mon premier fils et de mon second enfant.
Mon père décéda deux ans avant elle. Mais
avant sa mort, il put accomplir le pèlerinage à la Mecque, il se tourna vers
Allah et devint le plus pieux.
La révolution Libyenne connut une certaine
popularité à cette période où les arabes et les musulmans se sentaient
humiliés après la défaite de la guerre de six jours. Le leader libyen,
parlait au nom de l'Islam et dirigeait les prières parmi son peuple
exhortant les croyants à la libération "d'Al-koods" (Jérusalem).
Je fus engagé à ses idées, comme beaucoup de
jeunes musulmans et arabes. Et par la suite, nous avons organisé une visite
éducative en Libye. C'était un groupe de quarante enseignants, nous
visitions le pays du début de la révolution, et quand nous sommes revenus
chez nous, nous étions très optimiste. Nous espérions un futur meilleur pour
les musulmans dans le monde.
Pendant les années précédentes j'avais
correspondu avec quelques amis, mon amitié se renforça avec quelques uns
parmi eux, ils m'avaient demandé de leur rendre visite, ainsi je préparais
un voyage pour les vacances d'été qui durera trois mois.
J'avais l'intention aller en Libye et en
Egypte par voie terrestre, et de là, je voulais me rendre au Liban, par voie
maritime, puis en Syrie, en Jordanie et en Arabie Saoudite pour y accomplir
la "Omra" (petit pèlerinage), et aussi pour renouveler mon allégeance à la
secte des Wahhabites, car j'en faisais la propagande parmi mes étudiants et
dans les mosquées fréquentées par les frères musulmans.
Ma réputation se répandit de ma ville natale
aux autres villes environnantes, car quelques visiteurs qui assistaient aux
prières du vendredi, en entendant mes leçons ils firent ma réputation, qui
atteignit "Ismaîl El-Hadifi", Leader de l'ordre Soufi très connu à Tozeur,
capitale du Djerid et lieu de naissance du fameux poète Tunisien "Aboul
Kacem-Chabbi".
Le Cheikh Ismaîl influençait de nombreux
disciples en Tunisie et à l'étranger particulièrement parmi les émigrés
Tunisiens de France et d'Allemagne.
J'ai reçu une invitation de sa part par
l'intermédiaire de ses agents à Gafsa, qui m'avaient écrit une longue
lettre, me remerciant pour les services que je rendais à l'Islam et aux
musulmans.
Dans cette lettre, ils ont prétendu que les
services que je rendais ne me rapprochaient pas d'Allah, car je n'avais pas
de "Cheikh" (un maître qui me guide) et ils disaient: "celui qui n'a pas de
"Cheikh" a le diable pour maître. Tu dois avoir un Cheikh pour qu'il te
montre la voie, autrement la moitié de ta connaissance est vaine".
Ils m'ont informé que Cheikh Ismaîl lui-même,
m'avait choisi parmi tous les autres affiliés pour être l'un de ses adeptes
les plus proches. Je fus absolument enchanté en apprenant ces nouvelles.
Je pleurais pour cette grâce Divine qui m'a
élevé jusqu'aux cimes et aux meilleurs lieux, tout simplement parce que
j'étais sur la voie de "Sidi Hadi Al-Hafine" qui était aussi un Cheikh Soufi
connu pour ses miracles. Et je devins l'un de ses partisans les plus
proches, et comme j'étais l'ami de "Sidi Salah Essayaah" et "Sidi Jilani" et
d'autres Leaders soufis, ainsi j'ai attendu impatiemment cette rencontre.
Lorsque j'entrais dans la maison de "Cheikh
Ismaîl" je regardais curieusement les visages, le lieu était envahi de ses
adeptes et fidèles disciples, parmi lesquels se trouvaient les vieillards
portant des habits blancs immaculés. Après la cérémonie de salutation, le
Cheikh Ismaîl apparut et chacun se leva et lui embrassa les mains avec grand
respect, son député me fit signe: "c'est lui le Cheikh!". Mais je ne
montrais pas mon enthousiasme, car je m'attendais à quelque chose de
totalement différent de ce que je voyais. En face de moi avançait un homme
sans prestance ni charisme particulier et l'obséquiosité qui l'entourait me
semblait sans commune mesure avec l'allure de sa personne. Cependant, il
m'accueillit à son tour chaleureusement et me fit asseoir à sa droite, et
m'offrit de la nourriture.
Après le dîner de la cérémonie rituelle,
commença le colloque, son délégué à Gafsa m'a présenté à lui de nouveau. Il
m'a demandé de faire acte d'allégeance au Cheikh et chacun des présents se
réjouissait d'avance de cet honneur qui m'était attribué.
Plus tard j'ai réalisé ce poids qui me donnait
ma relative célébrité, ce qui m'encouragea à questionner librement le
Cheikh; je ne ressentais aucune gêne à intervenir et parfois à m'opposer aux
réponses que je trouvais peu convaincantes. Certains n'appréciaient pas mon
comportement révérencieux à l'égard du Cheikh.
Le Cheikh a senti l'atmosphère tendue, il a
essayé de calmer la situation en utilisant son esprit, il dit: "celui qui
commence par une rencontre brûlante, finira par une vie brillante". Le
public considéra comme une grâce de la part du Cheikh.
Le Cheikh était intelligent et très
expérimenté, il ne m'a pas laissé continuer mon intervention souvent
provocatrice, il a raconté le conte suivant:
"Un jour, un homme Savant assiste à une
conférence donné par le sage pieux, l'homme pieux demanda au Savant d'aller
se laver; le Savant est allé se laver, après quoi il revint à la classe,
l'homme pieux répéta sa demande "Va et lave-toi", le Savant partit se laver
pour la deuxième fois, pensant qu'il ne s'était pas lavé correctement, quand
il revint en classe, l'homme pieux lui demanda de se laver de nouveau,
l'homme Savant se mit à pleurer, et dit: "Maître, je me suis lavé de tout
mon savoir et de tous mes actes, et il ne me reste que ce qu'Allah va
m'octroyer par tes mains". A ce moment- là, l'homme pieux dit: "Maintenant
tu peux t'asseoir"."
Je me rendais compte alors que j'étais visé
par le Cheikh et chacun des présents le comprenait également. Ils m'ont
demandés de garder le silence, et de montrer plus de respect en présence du
Cheikh, afin de ne pas échouer dans ma vie. Ils basaient leurs arguments sur
le verset coranique suivant:
"O vous qui avez cru!
N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète, et ne lui parlez pas
sur le ton que vous employez entre vous-même de peur de voir vos œuvres
annihilées sans que vous sous en rendiez compte." Al-Houjourat,
Verset 2.
Alors j'ai reconnu mes limites, j'ai obéi à
leur ordre et le Cheikh m'a gardé auprès de lui, durant trois jours, pendant
lesquels je lui posais beaucoup de questions, dont quelques unes pour tester
ses connaissances.
Le Cheikh savait cela, et il me répondait
qu'il y avait deux interprétations, et deux significations du Coran. L'une
révélée apparente, et l'autre caché à un septième degré. Il a ouvert son
coffre personnel, qui contenait la chaîne traditionnelle des pieux et des
Savants sages qui le reliait avec l'Imam Ali Ibn Abi-Taleb, et à travers
beaucoup de Saints tel que "Abdoulhassen-Chadhili".
Il faut remarquer ici que ces réunions faites
par le Cheikh étaient des réunions spirituelles, et elles commençaient par
quelques poèmes suivis par des chants et des récitations sur l'ascétisme, la
piété et le renoncement à la vie d'ici-bas et l'avidité de chercher
l'au-delà.
Tous les disciples contribuaient, chacun à
leur tour en commençant par la droite du Cheikh, en récitant tout au moins
un verset coranique. Peu à peu la confrérie se penchait à droite et à
gauche, effectuant un balancement sur le rythme des chants. Le Cheikh se
leva, et les disciples se levèrent à leur tour pour former un grand cercle
autour de lui et ils commencèrent à dire: "Ahh-Ahh-Ahh-Ahh!", ce qu'ils
appellent l'invocation de la poitrine. Le Cheikh se tournait à chaque fois
vers un disciple, l'atmosphère se modifiait, les danseurs commençaient à
sursauter en criant dans un rythme organisé mais irritant.
Après cette activité éprouvante, le calme
revint peu à peu. Le Cheikh récite son dernier poème, alors que les
disciples lui embrassent la tête et les épaules avant de s'asseoir.
J'ai participé à leur rituel mais sans
conviction, car cela contredisait mes croyances qui m'interdisent
d'attribuer des associés à Allah et tout intermédiaire entre l'homme et son
Créateur.
Je m'effondrais en pleurant, mon cœur et mon
esprit étaient déchirés entre deux tendances contradictoires.
La première était l'idéologie soufie d'après
laquelle l'homme traverse une expérience spirituelle, basée sur le sentiment
de la crainte, sur l'ascétisme et sur l'effort pour se rapprocher de Dieu
par l'intermédiaire de Ses Saints Serviteurs, Ses Savants et Sages.
La deuxième était l'idéologie des Wahabites
qui m'ont enseignés que tout cela n'était que polythéisme qui ne sera jamais
pardonné par Dieu.
Si le Messager d'Allah, Mohammed Lui-même, ne
peut pas aider ou intercéder en faveur des gens, alors comment
pourraient-ils le faire eux les Saints et les Pieux qui sont venus après
Lui?!.
Malgré la position qui me fût conféré par le
Cheikh, car il me désigna comme son délégué à Gafsa. Je n'étais pas
convaincu. Bien que je sympathisais parfois avec l'ordre soufi que je
respectais pour l'amour d'Allah et de Ses Saints. J'avais en mémoire le
verset:
"N'invoques avec Dieu
aucun autre dieu. Il n'y a de dieu que Lui." Al Kassas, Verset 88.
Parallèlement au verset:
"O croyants! Craignez
Dieu et cherchez un moyen intermédiaire." Al Maaida, Verset 35.
Les Oulémas Saoudiens m'ont enseignés: "le
moyen et l'intermédiaire n'est que la bonne action."
Mon esprit était troublé, mais les disciples
du Cheikh venaient chez moi de temps à autre pour célébrer les rituelles
nocturnes et "l'invocation de la poitrine" telles que je les ai décrite.
Mes voisins étaient gênés par les brouhahas de
nos voix: "Ahh-Ahh-Ahh!." Ils se plaignaient auprès de ma femme par
l'intermédiaire de leurs épouses, quand je l'ai su, je demandais aux
disciples de célébrer leur récital ailleurs, et je me suis excusé auprès
d'eux en les informant que je partais en voyage pour une durée de trois
mois, ainsi j'ai dit adieu à ma famille, à mes amis, et j'ai imploré la
protection d'Allah.
Je suis resté à Tripoli, la capitale libyenne,
afin d'obtenir le visa pour l'Egypte grâce à quelques amis que Dieu les
récompense pour leurs efforts.
La route pour le Caire était longue, trois
jours et trois nuits durant lesquelles je partageais une "voiture de louage"
avec quatre égyptiens qui travaillaient en Libye et qui rentraient chez eux,
pendant le voyage je bavardais avec eux, et je leur récitait le Coran. Ils
m'ont appréciés et m'ont invités à descendre chez eux en Egypte. J'ai choisi
parmi eux Ahmad qui n'était pas loin de mes idées et qui était pieux, il
m'offrit une très grande hospitalité, que Dieu le récompense.
Je suis resté au Caire vingt jours durant
lesquels j'ai rencontré le célèbre chanteur Farid El-Atrache dans son
immeuble sur le Nil. Je l'admirais pour sa modestie, son humilité et sa
générosité, j'ai réussis à le voir pendant vingt minutes seulement car il
allait prendre l'avion pour le Liban.
Puis j'ai visité le fameux psalmodieur du
Coran le Sheikh Abdulbass et Mohamed Abdoussamad dont j'aimais beaucoup la
voix, je suis resté chez lui trois jours durant lesquels j'ai discuté avec
ses proches et ses amis, ils m'appréciait pour mon enthousiasme, ma
franchise et mes connaissances, s'ils parlaient de l'art je chantais, s'ils
parlaient de soufisme et de l'ascétisme je m'identifiais de l'ordre de "Tijanyya"
et "Madanyya", s'ils évoquaient l'Occident je parlais de mes visites à
Paris, Londres, Belgique, Hollande, Italie et Espagne pendant les vacances
d'été. Et s'ils parlaient de pèlerinage, je les surprenaient en parlant de
la Mecque, je leur parlais des endroits que j'avais visités, encore inconnus
de bien des pèlerins, tels que la grotte de Hira, la grotte Thaor, la place
du sacrifice d'Ismaïl etc. S'ils parlaient de sciences et technologie, je
trouvais toujours le vocabulaire adapté et enfin en politique, je leur
exprimais mes points de vue en disant: " que Dieu bénissent l'âme de Naceur
Salaheddine Ayoubi, qui s'est privé de sourire, et lorsque l'un de ses
proches l'a critiqué en lui disant que le Saint prophète souriait souvent,
il répondit: "Comment voulez vous que je souris pendant que la mosquée de
Jérusalem est occupé par les ennemis d'Allah. Non par Dieu, je ne sourirais
jamais avant sa libération."
Quelques Savants d'Al-Azhar qui assistaient à
ces discussions ont beaucoup appréciés et aimés ce que je récitais du Coran
et de la Sounna du Prophète, ils étaient impressionnés par mes arguments
solides et m'ont demandés, de quelle université je venais, je répondait
fièrement: l'université Ezzeitouna qui était fondé avant Al-Azhar du Caire,
j'ajoutais que les Fatimides qui ont construits Al-Azhar venaient de Mahdia
de Tunisie. Aussi à l'université d'Al-Azhar j'ai rencontré plusieurs Savants
et accepté beaucoup de livres qui m'étaient offerts.
Un jour pendant que j'étais dans le bureau
d'un responsable officiel des affaires d'Al-Azhar, un membre du conseil du
commandement de la révolution égyptienne vint pour l'inviter à une réunion
de masse qui regroupe les musulmans et les coptes dans l’une des plus grande
compagnie de chemin de fer du Caire.
Le responsable m'a invité chaleureusement à
venir avec lui, ma place était à la tribune d'honneur entre le Savant "Azhri"
et le père de "Chenouda".
On me demanda de faire un discours dans cette
réunion, ce que je fis comme j'en avais l'habitude dans les mosquées, et les
comités culturels de mon pays.
Je commençais à me sentir important et j'avais
une grande confiance en moi, je pensais que j'étais vraiment un homme
Savant. Comment ne pas ressentir ce sentiment, quand un grand nombre
d'Oulémas m'incitaient à le croire et me proposaient d'enseigner à Al-Azhar.
On m'a permis de voir quelques reliques du
Saint Prophète, un officier de la mosquée de l'Imam Houssein (as) au Caire
m'a emmené dans une pièce privée, il a ouvert une cassette, et en sortit la
chemise du Saint Prophète me l'a présenté et m'a permit de l'embrasser, puis
il m'a montré d'autres reliques appartenant au Prophète.
En sortant de cette chambre je pleurais et
j'étais touché par ce geste rare, car l'officier m'a laissé entendre que le
Prophète Lui-même m'avait autorisé de voir ses reliques. Je l'ai cru
d'autant plus qu'il a refusé de prendre de l'argent, enfin et après mon
insistance il en prit une petite somme, et m'a félicité d'être l'un de ceux
que la grâce du Saint Prophète a honoré.
Sans doute cette visite a laissé une trace
profonde sur moi, je pensais pendant quelques nuits à ce que disaient les
wahàbites saoudiens à savoir que le Prophète comme toute autre personne et
que son influence est vaine, et son rôle est terminé, je n'aimais pas cette
idée et j'étais convaincu qu'elle était erronée. Surtout si, le prouve le
Coran, le martyr qui meurt en guerre sainte, n'est pas réellement mort:
"Ne prend surtout pas
ceux qui ont été tués sur le chemin de Dieu pour des morts mais plutôt des
vivants recevant des leur subsistance auprès de leur Seigneur." (Alé
Imràne: verset 169)
Alors que dire de notre Prophète Mohammad qui
est la miséricorde de tout ce monde et le parfait exemple à suivre.
Je devenait de plus en plus clairvoyant en
comparant les doctrines wahàbites et soufis, je m'interrogeais sur ces
confréries qui confiaient toute leur réflexion au bon vouloir d'un Sheikh,
qui dirigeait entièrement la vie des ses adeptes.
Mais ne m'avait-on pas appris un hadith
Koudoussi:
" Mon servant, obéis tu
seras comme moi - tu diras à la chose soit et elle deviendra réelle. "
La lutte intérieure commençait à me miner,
mais à ce moment là mon voyage en Egypte touchait à sa fin, j'ai visité
pendant les derniers jours un grand nombre de mosquées de l'imam Malek et
celle de l'imam Abou Hanifa, de l'imam Ahmad ibn Hanbal et de l'imam Chafey,
ainsi que la mosquée de Saida Zainab et de l'Imam Houssein, j'ai prié dans
toutes les mosquées, j'ai aussi visité le "Zaouya" de l'ordre Soufi "Tijanyya".
J'aurais d'histoires à raconter concernant ces visites, mais je préfère être
concis.
Je voyageais du Caire à Alexandrie à la date
prévue, car j'avais réservé ma place dans un bateau Egyptien de la ligne de
Beyrouth. Je me sentais très fatigué physiquement et mentalement, et dès mon
embarquement sur le bateau, j'allais me coucher pour deux ou trois heures,
lorsque je me suis réveillé j'ai entendu une voix me disant: "Le frère
semble être épuisé?"
J'ai répondu affirmativement: "Le voyage du
Caire à Alexandrie m'a épuisé, et pour être à l'heure j'ai sacrifié trop
d'heures de sommeil."
J'ai compris à son accent qu'il n'était pas
Egyptien et ma curiosité me poussait à faire sa connaissance. Je me suis
présenté à lui, et j'ai appris qu'il était Irakien, conférencier à
l'université de Bagdad, s'appelait Monem, et venait en provenance du Caire
où il avait présenté sa thèse de doctorat à l'Université Al Azhar.
Nous commençâmes une conversation sur l'Egypte
et le monde Arabo-Musulman, nous parlions de la défaite des Arabes et de la
victoire des juifs, les sujets dans ce domaine sont malheureusement
nombreux. J'expliquais que la cause de la défaite était la division des
arabes et des musulmans en plusieurs petits pays, ainsi malgré leur
population nombreuse, ils n'avaient pas de poids statique.
Nous parlions beaucoup de l'Egypte et des
Egyptiens, et nous étions d'accord sur les raisons de cette défaite.
J'ajoutais que je considérais cette division comme ayant été aggravée par
les puissances coloniales, afin de faciliter notre occupation et notre
humiliation.
J'exposais également mon dépit face aux
divisions religieuses entre les "Malikites" et les "Hanifites". Je lui
racontais une triste histoire qui m'était arrivé à la Mosquée "Abou-Hanifa"
au Caire. Où un homme après la prière, me demanda pourquoi je ne croisais
pas les bras en priant, j'ai répondu avec respect et courtoisie que je suis
"Maliki" et que les "Malikites" préfèrent détendre les mains pendant les
prières, il me répondit brutalement: "Va à la Mosquée des Malikites alors et
fais tes prières là bas!".
J'ai quitté la Mosquée avec dégoût et amertume
et de plus en plus perplexe face à l'état de ma religion.
Le professeur Irakien a sourit en m'annonçant
qu'il était un Chi'ite, j'étais troublé par cette nouvelle et sans réfléchir
je lui ai dis: "Si je savais que tu étais un Chi'ite, je ne t'aurais parlé"
; il m'a demandé: "Pourquoi ?".
Je répliquais: "Parce que vous n'êtes pas
musulmans!; vous adorez Ali Ibn Abi-Taleb, et les modérés parmi vous adorent
Dieu, mais ne croient pas au Message du Saint Prophète Mohammed au lieu de
le donner à Ali.
Pendant que je continuais mon argumentation
mon compagnon m'écoutait attentivement, souriant quelques fois et montrant
son étonnement maintes fois.
Quand je terminais il m'a demandé de nouveau:
"Es-tu un professeur qui enseigne à des étudiants ?" J'ai répondu: "Oui."
Il me dit alors gravement: "Si les professeurs
pensent ainsi, nous ne pouvons blâmer les gens ordinaires qui ont une
éducation modeste."
-"Que veut tu dires ?"
-"Je m'excuse mais d'où as-tu- recueillis ces
fausses rumeurs ?"
Je lui exposais mes informations venant des
ouvrages célèbres d'histoire, et des gens illustres et des connaissances
communes.
Il dit: "Laissons ce que disent les gens, mais
peux-tu me citer un seul ouvrage célèbre ?".
Je commençais à mentionner quelques livres tel
que Fajr-al salam, de l'écrivain historien Ahmed Amine et d'autres.
Il répondait toujours calmement: "Depuis quand
Ahmed Amine est une autorité sur le Chi'isme ?, cela n'est pas une preuve !"
Il ajouta: "Pour être honnête, il faut se référer aux sources originelles du
sujet."
Je dis: "Pourquoi devrais-je entreprendre des
recherches sur un sujet déjà connu de tous ?".
Il répondit: "Ahmed Amine Lui-même a visité
l'Irak, et j'étais l'un des professeurs qu'il a rencontré à Najaf. Nous lui
avons reproché ses écritures sur le Chi'isme, il a alors reconnu qu'il ne
savait rien des Chi'ites et qu'il en rencontrait pour la première fois. Nous
lui avions dit que cette excuse est la pire de toutes, comment pouvait-il
écrire des choses aussi calomnieuses sur nous, alors qu'il ne savait rien de
nous !?
Frère, si nous jugions les juifs et les
chrétiens d'après le Coran, certes ils n'accepteraient pas le jugement, en
dépit du fait que le Coran est notre preuve absolu, pour cela nous devons
montrer leurs erreurs dans leurs livres, la preuve sera plus forte et
indiscutable et en accord avec le principe:
"Un témoin de sa famille fit le témoignage."
Ses paroles tombèrent dans mon cœur comme de
l'eau fraîche dans la bouche d'un assoiffé, je m'étais déterminé à changer
d'attitude et à devenir un vrai chercheur, car je sentais que seule une
logique saine peut apporter une preuve solide, je me devais d'écouter
attentivement ce nouveau compagnon, je repris la discussion:
-"Alors tu es l'un de ceux qui croient au
Message de notre Saint Prophète Mohammed ?"
Il répondit: "Que la paix et la bénédiction
d'Allah soit sur Mohammed et sa descendance. Tous les Chi'ites sont comme
moi et croient en son Message. Frère tu ferais mieux de mener des recherches
toi-même, ainsi tu n'auras plus de doute sur tes frères Chi'ites, parce que
ces doutes peuvent devenir un péché."
Il ajouta:
"Si tu désire vraiment connaître la vérité et
la voir de tes propres yeux, alors je t'invites à visiter l'Irak et là tu
pourras rencontrer les Savants Chi'ites et les gens ordinaires également, tu
vas reconnaître ainsi la vérité du mensonge".
J'ai dis: "ça a été mon désir de visiter
l'Irak un jour, et de voir son patrimoine historique célèbre, spécialement
l'héritage des "Abassides", et en particulier ceux de "Haroun Errachid",
mais premièrement mes ressources financières sont limités à la "Omra"
(visite à la Mecque et Médina). Deuxièmement mon passeport ne me permet pas
d'entrer en Irak".
Il dit: "Premièrement, quand je t'ai invité à
visiter l'Irak cela veut dire que je payerais ton voyage de Beyrouth à
Bagdad "aller-retour", tu seras mon hôte personnel en Irak. Quand au
passeport et l'entrée en Irak, laissons cela à Allah qu'Il soit Exalté, s
'Il t'a destiné à visiter l'Irak, cela se fera même sans passeport.
Cependant nous allons essayer d'obtenir un
visa d'entrée dès que nous arriverons à Beyrouth.
J'étais très touché par cette offre, j'ai
promis à mon ami de lui communiquer ma décision le lendemain, s'il plaît à
Dieu. Je suis sortis de la cabine, j'étais monté au pont pour respirer l'air
frais, les yeux perdus à l'horizon, mon esprit méditait.
Je glorifiais "Allah" Créateur de tout
l'Univers, je le remerciais de m'avoir amené à cet endroit, je Lui
demandais, Loué Soit- Il, de me protéger du mal et de la faiblesse, et de me
protéger contre les erreurs.
Mon esprit vagabondait et présentait devant
mes yeux une série d'événements de mon passé, le bonheur que j'ai goûté
depuis mon enfance jusqu'à ce jour, je rêvais d'un avenir meilleur.
J'avais l'impression que Dieu et Son Messager
me prodiguaient une attention particulière. Je regardais vers l'Egypte dont
les côtes apparaissaient de temps à autre sur l'horizon.
Je disais adieu à la terre où j'avais embrassé
la chemise du Prophète.
C'était le souvenir le plus précieux que je
gardais de l'Egypte. Je me rappelais aussi des paroles du nouvel ami Chi'ite
qui avait apporté à mon cœur une grande joie, à la perpective de réaliser un
rêve qui me tentait depuis l'enfance: "La visite de l'Irak", le pays qui
rappelle le règne fantastique d'Arrachid et de Maamoun, les fondateurs de
l'Université de Sagesse qui recevait les étudiants occidentaux quand la
civilisation islamique était à son apogée.
De plus, l'Irak est le pays du fameux Cheikh
Abdoulkader Jilani dont la réputation a atteint tous les pays, et dont
l'ordre soufi est entré dans chaque ville et chaque village, son ardeur et
son zèle dépassait tout autre.
Je parcourais une mer d'imagination et
d'espoir, je fus réveillé par le haut-parleur appelant les voyageurs pour le
dîner. Je me dirigeais vers l'endroit désigné, les gens étaient nombreux,
ils se bousculaient comme d'habitude à chaque rassemblement. Chacun voulait
entrer le premier, les cris s'élevaient, j'essayais d'entrer par tous les
moyens, subitement, le Chi'ite m'a attiré doucement en arrière en disant:
"Ne te fatigues pas frère, on mangera plus tard sans bousculade. En faite,
je te cherchais partout, Allons faire nos prières, après quoi nous viendrons
dîner lorsque la foule sera dispersée."
J'ai apprécié son idée, ainsi je l'ai
accompagné dans un endroit isolé, après les ablutions, je l'incitais à
diriger les prières pour le tester et observer sa façon de prier. J'avais
l'intention de refaire mes prières un peu plus tard.
Dès qu'il commença la prière du "Maghreb" en
récitant les versets coraniques et les invocations, mon esprit fût
transporté, et je me suis senti alors guidé par l'un des nobles compagnons
du Prophète qui craignaient Dieu et que j'admirais tant.
Après la fin des prières, il a récité des
invocations que je n'avais jamais entendu dans mon pays, ni dans aucun
autre, je me sentais à l'aise à chaque fois que je l'entendais dire des
louanges sur notre Saint Prophète Mohammed et sur sa descendance, que la
paix d'Allah et Sa bénédiction soit sur Lui et sa Descendance.
J'ai remarqué que les larmes coulaient de ses
yeux, je l'ai entendu pleurer en priant Dieu pour qu'il ouvre mon cœur, me
donne la clairvoyance et me guide sur la bonne voie.
Nous sommes allés au réfectoire qui était
presque vide, il s'assied après moi, il changea mon assiette avec la sienne
qui contenait plus de viande, il me traitait comme si j'étais son hôte
personnel, avec courtoisie et gentillesse, et il me racontait les dires du
Prophète concernant l'étiquette de table.
J'étais impressionné par son moral, et
lorsqu'il a dirigé les prières de "Al-Ichaa" qu'il a étendues en récitant
plusieurs supplications qui m'ont fait pleurer, j'ai imploré Dieu. Loué
Soit- Il., de changer ma suspicion à l'égard de cet homme car certaines
conjectures sont un péché, mais que fallait-il penser ?!.
J'ai dormi cette nuit-là en rêvant de l'Irak,
des "milles et une nuit", je me suis réveillé en entendant l'appel de mon
ami Chi'ite pour faire les prières de "Al-Fajr", après l'achèvement des
prières nous parlions de la grâce de Dieu et de Ses bienfaits envers les
musulmans.
Nous nous sommes endormis à nouveau, mais à
mon réveil, il était assis sur son lit, rosaire à la main, il récitait les
noms d'Allah, ainsi je me sentais plus confiant, mon cœur se rassura, j'ai
demandé à Dieu de pardonner ma suspicion.
Pendant le déjeuner, on annonçait l'approche
des côtes libanaises et le débarquement dans deux heures s'il plaît à Dieu.
Mon ami m'a demandé si j'avais bien réfléchi et quelle était ma décision ?.
J'ai répondu si Dieu le veut, et si j'obtiens
le visa d'entrée, je ne vois pas d'inconvénient, puis je l'ai remercié pour
son invitation.
Nous passâmes une nuit à Beyrouth, et dès
notre arrivée à Damas nous étions à l'ambassade d'Irak. Et rapidement j'ai
obtenu mon visa avec une facilité incroyable, il me félicita et remercia
Dieu pour Son aide.
Ma première visite
en Irak
Notre voyage de Damas à Bagdad se déroula dans
un bus climatisé de la compagnie internationale de "Najaf", car la
température était de quarante degrés à Bagdad. A notre arrivée, nous nous
dirigeâmes directement vers sa maison qui était dotée de l'air conditionné,
je me suis bien reposé.
Il apporta des fruits et de la nourriture,
pendant que les membres de sa famille entraient pour me souhaiter la
bienvenue avec respect et politesse. Son père m'embrassa comme s'il me
connaissait depuis longtemps. Quand à sa mère, vêtue de noir, elle me
souhaita la bienvenue également.
Mon ami s'excusa pour sa mère qui ne pouvait
pas me serrer la main, car cela n'était pas dans leurs habitudes de
politesse islamique. Ils témoignaient ainsi à leur façon du respect du aux
femmes. J'ai apprécié cela, je me suis dis: ces Chi'ites que nous accusons
de dévier la religion, semble l'observer et l'appliquer plus que nous.
Pendant mon séjour en compagnie de mon amie
Momeen, j'ai observé ses nobles manières, sa vertu, sa dignité, et sa
générosité. J'ai aussi apprécié sa modestie et sa grande pitié que je
n'avais pas encore perçu chez une autre personne avant cela. Je ne me
sentais pas du tout comme un étranger, mais chez-moi.
Des lits nous ont été préparés sur le toit de
la maison, je veillais tardivement "suis-je dans le monde du rêve ou de
réalité ? Suis-je vraiment à Bagdad tout près de "Sidi Abdelkader-Jilani ?"
"
En écoutant ces propos, mon ami riait et me
demandait ce que les Tunisiens pensaient à propos de Abdelkader-Jilani ?.
Je racontais les miracles et mystères qui lui
étaient attribués. Les confréries qui se construisent en son honneur, et
qu'il est pour elles le noyau du cercle, comme le Prophète Mohammed était le
sceau des prophètes, ainsi Abdelkader-Jilani est le sceau de tous les
saints. De même que Jilani disait: "Tous les gens tournent autour de la "Kaâba",
mais elle, tourne autour de moi."
J'essayais de le convaincre que le "Cheikh
Abdelkader" venait à ses disciples en état d'éveil pour soigner leurs
souffrances. En parlant de "Sidi Abdelkader" j'oubliais ou j'essayais
d'oublier la croyance Wahhabite.
Lorsque je remarquais le manque d'enthousiasme
de mon ami, j'essayais de convaincre mon esprit que tout cela était juste,
mais en doute je lui demandais son opinion. Mon ami rit et dit: "Repose-toi
cette nuit, demain si Dieu le veut, nous irons visiter le Cheikh
Abdelkader", cette nouvelle m'a comblée de joie et je voulais que le jour se
lève aussitôt. Mais j'étais si fatigué que je suis tombé dans un sommeil
très profond, de telle sorte que je ne m'étais réveillé qu'après le lever du
soleil, et l'appel pour la prière était déjà passé.
Abdelkadir - Jilani
et Moussa Al-Kadhim
Après le petit déjeuner nous sommes allés à "Bab-Echeikh",
où se trouve le haut lieu d'Abdelkader, que j'ai toujours désiré visiter, je
me suis précipité dès l'entrée, assoiffé de le voir comme si j'allais me
jeter dans ses bras, mon ami me suivais là où je marchais, je me mêlais à la
foule des visiteurs qui s'entassaient autour de la tombe comme les pèlerins
autour de la "Kaâba", quelques visiteurs lançaient des bonbons, d'autres
accourent pour les ramasser. J'en ai ramassé deux, j'ai mangé le premier
pour la bénédiction, et conservé le second pour le souvenir, j'ai fait
beaucoup de prières et de supplications.
J'ai bu de l'eau comme si je buvais de l'eau
de "Zamzam". Avant de quitter j'ai demandé à mon ami de m'attendre un
moment, afin d'écrire à mes amis en Tunisie, des cartes postales
représentants le Mausolé du "Cheikh Abdelkader" avec sa grande coupole
verte, j'ai voulu prouver à mes amis et mes parents en Tunisie mon zèle et
mon ardeur qui m'ont amenés à ces lieux qu'ils n'ont jamais pu voir.
Au centre de la ville dans un restaurant
populaire, nous avons déjeuné, puis mon ami m'a amené dans un taxi à "Kadhimya"
j'ai entendu ce nom lorsqu'il l'a indiqué au chauffeur, à la descente de la
voiture nous nous sommes insérés à la foule des gens qui marchaient dans la
même direction, hommes, femmes et enfants portants leurs bagages, ils m'ont
rappelés l'époque du pèlerinage, je ne savais où aller, jusqu'à la parution
des minarets et des coupoles dorées dont l'éclat éblouissait l'horizon.
J'ai de suite compris que c'était là l'une des
mosquées Chi'ites car je savais d'avance que les Chi'ites décoraient leurs
mosquées avec de l'or et de l'argent, ce que l'islam "interdit
formellement".
J'éprouvais quelques difficultés pour entrer
dans cette Mosquée, mais vu les sentiments de mon ami, je l'ai suivi malgré
moi, je n'avais le choix.
Dès l'entrée j'ai remarqué les vieillards qui
embrassaient les portes, je me divertissais par la lecture d'une pancarte
sur laquelle était écrit "Entrée interdite aux femmes dévoilées" avec la
sentence d'Imam Ali disant: "L'époque viendra où les femmes porteront des
habits qui ne cachent rien, etc.".
A la porte du mausolée et pendant que mon ami
lisait "La permission d'entrée" je regardais avec étonnement les versets
coraniques gravés sur la porte en or massif.
Je rentrais suivant mon ami avec méfiance, mon
esprit divaguait dans les fables et les légendes que j'ai lues dans certains
livres qui comptent "les Chi'ites" parmi les incrédules.
A l'intérieur du mausolée se gravait les
calligraphies et des ornements fabuleux, j'étais perplexe, je me croyais
dans un monde étrange qui m'était inconnu et inhabituel.
De temps en temps j'observais avec répulsion
ceux qui circulaient autour du tombeau en pleurant et en embrassant les
barreaux et les coins du cercueil pendant que d'autres faisaient leurs
prières tout près du tombeau, je me rappelais le "Hadith" du Prophète
disant: "Dieu a maudit les juifs et les chrétiens
quand ils ont fait des tombeaux de leurs saints un lieu de prosternation".
Je m'éloignais de mon ami qui commença à
pleurer dès l'entrée, et pendant qu'il faisait ses prières, je lisais la
pancarte qui présentait "l'ordre de la visite" elle contenait des noms qui
me sont inconnus, je me suis isolé dans un coin pour lire la "Fatiha" sur
l'âme du cadavre contenu dans ce tombeau en disant: O Dieu, donnez lui la
grâce s'il était musulman, vous le connaissez mieux que moi".
Mon ami s'approcha de moi murmura dans mon
oreille: "si tu veux que Dieu exauce tes souhaits, invoque Le ici, car on
l'appelle: portail des demandes". Je ne donnais d'importance à ses propos -
Dieu me pardonne- mais je contemplais les vieillards qui portaient sur leurs
têtes des turbans blancs ou noirs, sur leurs fronts des empruntes de
prosternations, leurs longues barbes parfumées leur donnait tant de
prestige, leur regard était perçant et majestueux, aussitôt que l'un d'entre
eux entrait au mausolée il éclatait en sanglot, je me demandais: Est-ce
possible que toutes ces larmes soient mensongères ? Est ce possible que tous
ces vieillards soient dans l'erreur ?!.
Je sortais de ce mausolée perplexe et étonné,
pendant que mon ami sortait en reculent - signe de respect- pour ne pas
tourner le dos au mausolée.
Je lui demandais: c'est le mausolée de qui ?.
Il dit: c'est le mausolée de l'Imam Moussa
Al-Kadhim.
Je lui demandais encore: qui c'est Moussa
Al-kadhim ?.
Il dit: que Dieu soit loué! Vous les
"Sunnites" vous délaissez le noyau vous vous attachez à l'écorce.
J'ai dit d'un air mécontent: comment
avons-nous délaissé le noyau en s'attachant à l'écorce ?.
Il m'a calmé en me disant: "mon frère, depuis
que tu as mis les pieds en Irak, tu n'as pas cessé de parler de
Abdelkader-Jilani, peux-tu me dire qui il est ? et pourquoi il a tant attiré
ton attention ?!.
Je répondais rapidement avec fierté: "il est
l'un des descendants du saint Prophète après Mohammed, cela aurait pu être
Abdelkader "que Dieu soit satisfait de lui".
Il me demanda: "frère Smaoui connais-tu
l'histoire islamique ? Je lui répondais sans hésiter, oui, mais en vérité je
ne connaissais rien de l'histoire islamique, parce que nos professeurs nous
empêchaient de la connaître, prétendant qu'elle était complexe et source de
problèmes.
Par exemple je me rappelle du professeur de la
rhétorique nous présentant l'allocution de l'Imam Ali qui s'intitule "Chakchakia"
dans "Nahj-Al-Balagha".
J'étais étonné comme certains élèves en la
lisant., j'ai osé lui demander si cette allocution était vraiment les propos
de l'Imam Ali?Il répondit: "certainement, qui pourrait rivaliser en
éloquence ? Si cela n'était pas ses propos, les Savants musulmans tel que
Cheikh Mahommed Abda le grand mufti de l'Egypte, ne se donnerait pas tant de
peine pour son interprétation".
Je dis alors: "l'Imam Ali accuse Aboubaker et
Omar d'avoir usurper son droit au Khilafa"?.
Le professeur était outragé, il m'a blâmé et
m'a menacé de renvoi définitif si je répétais pareille question, il disait:
nous enseignons la rhétorique et non l'histoire, nous ne sommes pas
concernés par les épisodes noires de l'histoire et les guerres meurtrières
entre musulmans, tant que Dieu a purifié nos épées de leurs sangs, nous
purifions nos langues de les injurier (il parlait des compagnons du
Prophète).
Je n'étais pas convaincu par ce raisonnement,
je restais révolté contre ce professeur qui nous enseignait la rhétorique
arabe sans signification, j'essayais à maintes reprises d'étudier l'histoire
islamique, mais je n'avais pas suffisamment de références, ni les moyens
d'acheter ces livres. Personne de nos Savants s'y intéressait, ils étaient
tous d'accord pour tourner cette page sans regard. Personne chez nous ne
possède un ouvrage complet d'histoire.
Alors quand mon ami m'a demandé si je
connaissais l'histoire? Je répondais obstinément par oui, mais en vérité je
devais dire: "je sais que c'est une histoire sombre et futile, qui ne
contient que des dissensions des intrigues et des contradictions."
Il m'a demandé si je connaissais la date de
naissance de "Cheikh" Abdelkader-Jilani et son époque ?.
- Combien de temps le sépare du Messager
d'Allah ?. - Au moins six siècles.
- Si nous comptons deux générations par
siècle, la généalogie d'Abdelkader Jilani par rapport au Prophète serait de
dix ou douze grands-pères au minimum'?! J'ai dis: oui.
- Alors celui-ci. Moussa Ibn Jaafar Ibn
Mohammed Ibn Ali Ibn Hussain fils de Fatima Ezzahra, sa généalogie par
rapport au Prophète est de quatre grands-pères seulement en fait il est né
au deuxième siècle de "l'hégire", ainsi qui est le plus proche du Messager
d'Allah.; Moussa ou Abdelkader ?.
Sans réfléchir j'ai dit: Moussa bien sûr, mais
pourquoi on n'entend jamais parler de lui ? - c'est pour cela que j'ai dit -
et je m'excuse de le répéter - que vous avez rejeter le noyau en gardant
l'écorce, je te prie de m'excuser et de ne pas m'en vouloir.
En marchant notre discussion se poursuivait,
nous nous arrêtons de temps en temps jusqu'à l'arrivée dans un "club
scientifique" où se rencontraient les professeurs et les étudiants
échangeant idées et théories. quand nous nous assîmes, il cherchait
quelqu'un dans l'assemblée; comme si un rendez-vous était prévu.
Un homme est venu nous saluer, de leur
conversation j'ai compris qu'il était son collègue à l'université, et qu'un
autre collègue allait bientôt venir, c'était bien le docteur qu'attendait
mon ami. entre-temps mon ami me disait: je t'ai emmené dans ce lieu pour te
présenter à un Savant spécialiste des recherches historiques, il est
professeur d'histoire à l'université de Bagdad, la thèse de son doctorat
était sur Abdelkader-Jilani, j'espère "Inchâ-Allah" qu'il sera utile pour
toi, car moi je suis pas spécialiste en histoire.
Nous buvions du jus de fruit, lorsque le
docteur historien est arrivé, après les présentations, mon ami lui demanda
de me donner un aperçu de l'histoire d'Abdelkader-Jilani, puis il nous a
laissé seuls.
Le docteur historien m'a commandé une boisson
fraîche et me demanda mon nom, mon pays et ma profession, il me demanda
aussi de lui parler de la réputation d'Abdelkader-Jilani en Tunisie.
Je lui racontais plusieurs choses dans ce
domaine, je disais même que les gens chez nous considèrent que le Cheikh
Abdelkader a transporté le Prophète sur ses épaules la nuit de l'assomption
lorsque "l'Archange Gabriel" reculait par crainte de se brûler, le saint
Prophète dit alors à Abdelkader:
"Mon pied repose sur ton épaule, et ton pied
reposera sur les épaules de tous les saints jusqu'au jour du jugement".
En écoutant mes propos, l'historien riait
beaucoup, je ne savais pas s'il riait de ces légendes ou du professeur
Tunisien qui les lui racontait.
Après une courte discussion sur les saint et
les pieux, il m'a parlé de ses longues recherches pendant sept ans à Lahore,
au Pakistan, en Turquie, en Egypte, en Grande-Bretagne et dans tous les
endroits où se trouvaient des manuscrits attribués à Abdelkader-Jilani.
Il les a étudiés, disséqués et photocopiés
mais il n'a trouvé aucune preuve qui fasse d'Abdelkader-Jilani est un
descendant du Prophète, tout ce qu'il trouvait c'était un vers de poésie
attribué à l'un des petit-fils d'Abdelkader et qui disait: "Mon grand-père
le Messager de Dieu".
Quelques Savants l'expliquait par
l'interprétation du "Hadith" du Prophète qui disait : "Je suis le grand-père
de tout homme pieux".
Il ajoutait que l'histoire véritable prouve
qu'Abdelkader-Jilani n'est pas du tout arabe mais d'origine persane, il est
né dans un village iranien appelé "Jilane" auquel se rapporte le nom
d'Abdelkader. Il a émigré à Bagdad où il a fait ses études il est devenu
enseignant à l'époque de la décadence. L'homme était ascète et pieux, les
gens l'ont aimé, ainsi après sa mort ils ont établis l'ordre Soufi "Kadiryya"
en sa mémoire, comme c'était le cas pour les disciples de chaque maître
soufi. Et ajouta: "L'état des arabes est vraiment lamentable de ce point de
vue". L'ardeur de l'idéologie Wahhabite s'est alors rappelée à moi, je lui
dis: "Donc vous pensez comme les Wahhabites Docteur ? Car ils disent comme
vous, il n'y a pas de saints !.
Il dit": Non pas du tout, je ne suis pas
d'accord avec les croyances des Wahhabites, ce qui est regrettable chez les
musulmans, c'est leurs tendances extrêmes, d'excès ou de négligence, ou bien
ils croient en toutes les légendes et les fables qui ne se basent ni sur la
logique ni sur la loi coranique, ou bien ils dénient toutes choses même les
miracles de notre Prophète Mohammed et ses dires parce qu'ils ne coïncident
pas avec leurs désirs et leurs croyances, par exemple: Les soufis disent que
leur Cheikh Abdelkader-Jilani peut guérir tout malade, simultanément partout
dans le monde; ceci est l'excès et l'exagération.
En contre réaction des Soufis, les wahhabites
ont déniés tout, même l'influence et l'utilité du saint Prophète en accusant
celui qui implore Dieu par l'intermédiaire du Prophète de polythéiste; ceci
est l'excès de négligence .
- Non, frère, nous devons être comme Allah le
veut, et l'a mentionné dans le saint Coran en disant:
"Nous fumes ainsi de
vous la communauté du juste milieu, vous érigeant en témoins vis-à-vis des
hommes..." AI -Bakara. Verset 141.
J'aimais beaucoup son raisonnement, je le
remerciais, et je lui avouais que je me sentais séduis par sa logique. Il a
ouvert son cartable, et m'a offert son livre sur Abdelkader-Jilani, il m'a
invité à aller manger chez lui, je me suis excusé, et nous avons discuté de
la Tunisie, de l'Afrique du nord, jusqu'à l'arrivée de mon ami Moneem.
Nous sommes retournés chez lui, la nuit après
avoir passé toute la journée en visite et en discussion. Je me sentais très
fatigué et surmené, et c'est sans retenue que je sombrais dans le sommeil.
Je me réveillais tôt, après avoir achevé mes
prières, je commençais la lecture du livre "Abdelkader-Jilani", le présent
de l'historien, j'étais déjà parvenu à la moitié avant que mon ami ne se
réveille, il m'a demandé plusieurs fois d'aller prendre mon petit déjeuner,
je n'acceptais pas avant d'achever le livre qui clarifiait bien des
interrogations.
Je restais trois jours dans la maison de mon
ami goûtant le repos et la réflexion, étonné et stupéfait par tout ce que je
découvrais.
Pourquoi m'avait on parlé des Chi'ites en
termes de honte,d'injures ? Pourquoi je les détestais et éprouvais tant de
rancœur à leur égard ? Peut-être ceci remonte aux rumeurs qui nous
parvenaient sur eux: "ils adorent Ali, ils considèrent leurs Imams comme des
dieux, ils croient à la réincarnation, ils se prosternent pour des pierres
plutôt que pour Allah". Après son retour du pèlerinage, mon père nous
racontait que les Chi'ites venaient à la tombe du Prophète pour y jeter des
ordures souillées, et que les Saoudiens les condamnaient à mort etc. Ainsi
on entendait de tout. Dans ces conditions il n'était pas surprenant que les
Musulmans haïssent, méprisent et combattent les Chi'ites.
Mais comment pouvais-je encore croire ou
justifier ces rumeurs après tout ce que je voyais de mes propres yeux et
entendu de mes oreilles, voila déjà une semaine écoulée parmi eux, je n'ai
vu ni entendu que logique, raison et piété. Je fus attiré par leur façon de
prier, j'aimais beaucoup leurs supplications et invocations, leurs manières
de vie et leur respect à l'égard de leurs Savants, j'ai même souhaiter être
comme eux.
Je me demandais si vraiment ils haïssent le
Messager de Dieu ? Alors que chaque fois que je prononçais son nom - (je le
faisais souvent pour les tester) - Ils entonnaient tous à haute voix: "O,
Dieu bénis Mohammed et la descendance de Mohammed".
Au début j'ai cru à un stratagème hypocrite,
mais mon soupçon fût dissipé après avoir lu quelques uns de leurs livres, où
j'ai constaté respect et vénération à l'égard du saint Prophète comme je
n'en avais trouvé dans aucun livre, car les Chi'ites disent que le Messager
d'Allah" Mohammed est infaillible, il est immaculé avant et après le
Message, tandis que nous les sunnites disons qu'il est infaillible lorsque
il transmet le Coran, à part cela , il peut se tromper comme tous les
humains. D'ailleurs on donne beaucoup d'exemples de ses erreurs qui étaient
corrigées par ses compagnons. Alors que les Chi'ites refusent
catégoriquement cela et n'admettent pas que le Messager d'Allah" soit trompé
pour être corrigé par les gens. Alors comment puis-je croire après tout cela
que les Chi'ites détestent le Messager d'Allah"? Comment l'accepter?!.
Un jour je discutais avec mon ami Moneem sur
ce sujet, je l'implorais de me répondre en toute franchise. et le
dialogue était le suivant:
-Vous. les Chi'ites. vous placez Ali (puisse
Allah l'honorer) au même niveau que le saint Prophète, car à chaque tris que
vous prononciez son nom vous dites: "Que la paix soit
sur lui".
- En effet. lorsque nous prononçons le nom
d'Ali où l'un d'entre ses fils nous disons (la paix soit sur lui). Cela ne
veut pas dire qu'ils sont des Prophètes. mais ils sont la sainte descendance
du Messager d'Allah". cependant Dieu Lui-même nous a ordonné dans le Coran,
de l'invoquer pour qu'Il les bénissent, nous disons donc:
"Que la bénédiction et
le salut de Dieu toit sur eux".
- Non, non cher frère, nous ne disons cela que
pour le Messager d'Allah" et les Prophètes qui l'ont précédé, mais Ali et
ses fils (puisse "Allah" les honorer) n'ont rien de ceci.
- Je te demande et je te prie de lire beaucoup
plus pour connaître la vérité.
- Quels livres dois-je lire frère ? ne m'as tu
pas dit toi même que les livres de Ahmed Amine ne sont pas une preuve contre
les Chi'ites ?. Par le même argument vos livres ne sont pas une preuve
contre nous. Ne vois-tu pas que les livres soutenus par les chrétiens
mentionnent que Jésus (Paix sur lui) avait dit "Je suis fils de Dieu". Alors
le Coran qui est la vérité absolue mentionne la parole de Jésus qui disait:
"Je ne leur ai dit que
ce que tu m'as ordonné de dire à savoir Adorez Dieu mon Seigneur et le vôtre
!" AI-Maaida, Verset 1 17.
- Ce que je te demande c'est d'utiliser
l'esprit et la logique et de te référer au saint Coran et à la sainte
"Sunna' (les traditions véridiques de notre Prophète) puisque nous sommes
tous deux musulmans. – Donc, dans quel livre je trouverai la vérité? Chaque
auteur, chaque groupe et chaque secte prétend être sur la bonne voie. - Je
vais te donner à l'instant une preuve tangible approuvée par tous les
musulmans indépendamment de leur croyance et de leur division, mais que tu
ne connais pas.
- Que Dieu me dote de plus de connaissance !
- As-tu lu le commentaire du verset coranique:
" Dieu et ses Anges
bénissent le Prophète. O vous croyants ! invoquez pour lui sans cesse la
bénédiction et le salut de Dieu." Sourate 33 verset 56.
"Tous les commentateurs Sunnites et Chi'ites
ont rapportés que les compagnons du Prophète qui étaient visés par ce verset
sont venus dire: "O Messager d'Allah nous savons
comment te saluer, mais nous ignorons comment invoquer pour toi la
bénédiction de Dieu". Le Prophète leur dit : "Dites,
O "Allah" bénisse Mohammed et lu descendance de Mohammed tel que Tu as bénis
Ibrahim et la descendance d'Ibrahim Tu es glorieux et digne de louanges.
Et n'invoquez pas la
bénédiction incomplète, ils demandèrent qu'est-ce qu'une bénédiction
incomplète O Prophète ?
Il dit: Quand vous dites
seulement "O Allah Bénisse Mohammed" et vous vous taisiez."
Pour cela. les compagnons du Prophète ainsi que les générations venues après
eux ont suivit l'ordre du Prophète ce qu'a incité l'Imam "Chafiy" à dire en
l'honneur de Ahl-AI-Beyt (les gens de la maison du Prophète).
"O: famille du Messager d'Allah" votre amour
est un ordre émanant de Dieu dans sa révélation, il vous suffit l'honneur
majestueux que Dieu vous a donné toute personne qui n'invoque pas votre
bénédiction, sa prière est incomplète et ses invocations imparfaites.
Je l'écoutais attentivement. ses paroles
pénétraient dans mon cœur et y trouvaient un écho. En effet j'avais lu cela
auparavant, mais je ne m'en souvenais plus.
Je lui avouais que lorsque nous invoquions les
bénédictions sur le Prophète, nous les invoquions aussi pour sa progéniture
et tous ses compagnons, mais nous ne spécifions pas Ali,comme disent les
Chi'ites.
- Que penses-tu de Boukhari ? Est-il Chi'ite?
Je lui dis qu'au contraire, c'est un grand
Imam Sunnite, et son ouvrage est le plus véridique après le Livre de Dieu !
Il sortit de sa bibliothèque, Sahih
AI-Boukhari, il l'a ouvert à une page particulière et me l'a donné pour lire
: "II nous a été rapporté par Ali que la paix soit sur lui ".
Je ne pouvais croire mes yeux, j'étais
tellement surpris à tel point que je doutais de l'authenticité du livre, je
tournais la page et la reliure, lorsque mon ami se rendit compte de mes
doutes, il m'a montré une autre page où s'est écrit: "II nous a été rapporté
par Ali Ibn Hussaîn. que la paix soit sur eux".
Ma réponse après cela n'était que: "Louanges à
Dieu". Il se contenta de cette réponse, il sortit et me laissa.
Je restais seul, je pensais, je relisais les
deux pages, je m'assurais de nouveau de l'édition de l'ouvrage, il était
pourtant bien édité par l'établissement AL-Halabi et Fils en Egypte.
"O Mon Seigneur, pourquoi dois-je être si
arrogant? Pourquoi s'obstiner et s'entêter puisqu'il m'a donné une preuve
tangible d'un livre que nous considérons comme des plus véridique, car
certes, Boukhari n'était pas Chi'ite mais un grand Savant Sunnite.
Dois-je me soumettre à cette vérité: Ali
est-il digne de bénédiction et de salut ? Mais je craints que cette vérité
cache bien d'autres choses, que je me refuse à admettre, mon ami m'a
convaincu sur certains points, et je reconsidérais la sainteté de
Abdelkader-Jilani au profit de Moussa AI-kadhim.
J'admettais aussi que l'Imam Ali est digne de
salut. mais je ne voulais pas d'autres défaites, moi, qui quelques jours
auparavant. me vantais en Egypte tandis que les Savants d'Al-Azhar me
comblaient de flatteries je me trouve aujourd'hui battu, et par qui ? Par
ceux qui je croyais et que je crois encore dans l'erreur, d'ailleurs le mot
" chi’isme " m'a été toujours indiqué comme injure.
C’est l'arrogance et l'égoïsme. c'est
l'obstination et le fanatisme.
"O mon Dieu. je Te prie de m'inspirer la
raison. aide-moi à accepter la vérité même si elle est amère".
"O Seigneur, Daigne ouvrir mes yeux et mon
cœur, et guides moi sur ton droit chemin. que je puisse tout écouter et
suivre le meilleur.
"O Dieu montre-nous la vérité sublime pour la
suivre et montre-nous la vanité très sombre pour l'éviter."
Mon ami m'a accompagné à la maison. alors que
je continuais mes supplications et mes invocations, il dit en souriant:
"qu'Allah nous guide avec tous les musulmans" Lui qui nous a révélé dans Son
Livre: " Ceux qui auront combattu pour notre cause, nous leur indiquerons
nos voies et Dieu est sûrement avec les bienfaiteurs " AI-Ankabout, Verset
69.
Il m'expliqua que le combat indiqué dans ce
verset. signifie la recherche scientifique pour atteindre une vérité, et que
Dieu "Loué soit IL" guiderait à la vérité quiconque la recherche.
Mon ami m'avait avisé la veille, que nous
devions partir le matin à Najaf, je lui demandais: qu'est-ce que Najaf?
C'est une ville scientifique, où se trouve le
Mausolée de l'Imam Ali Ibn Abi-Taleb. J'étais surpris qu'il y ait une tombe
connue pour l'Imam Ali, car nos Savants ne nous en avaient jamais parlé.
Par les transports en commun nous sommes
arrivé à "Koufa", La grande Mosquée est l'un des plus célèbres monuments
Islamique, mon ami me montrait tous les lieux historiques, tel que la
mosquée de "Mouslim ibn Akil" et celle de "Hani Ibn Ourwa" il me racontait
brièvement comment ils sont morts en martyrs.
Il m'a fait visiter aussi le "Mehrab" (Niche
de prière) où l'Imam Ali est tombé en martyr, ainsi que la maison qui
abritait l'Imam Ali et ses deux fils l'Imam Hassan et l'Imam Hussain, le
puits d'où ils buvaient et faisaient leurs ablutions.
J'ai vécu des moments spirituels pendant
lesquels j'ai oublié notre monde futile et ce qu'il contenait, pour me
plonger dans la piété de l'Imam Ali, sa modestie, sa simplicité de vie,
malgré son titre d'Emir des croyants et de quatrième Khalife.
Je ne dois pas oublier la modestie et
l'hospitalité que j'ai rencontré à la ville de Koufa. A chaque fois que nous
passions devant un groupe de gens ils se levaient pour nous souhaiter la
bienvenue, mon ami y avait des relations, le directeur de l'Institut de
Koufa nous a invité chez lui, nous avons passés une agréable soirée avec ses
fils, j'avais le sentiment que j'étais parmi les membres de ma famille, à
chaque fois qu'ils parlaient des Sunnites, ils disaient: "Nos frères
Sunnites", j'ai aimé leur conversation, mais je leur posais quelques
questions pour tester leur sincérité.
Le lendemain nous sommes partis à Najaf qui
est une grande ville située à dix kilomètres de Koufa, dès l'arrivée je me
suis souvenu de la Mosquée de "Kadhimya" à Bagdad, puisque les minarets
dorés paraissaient entourer une grande coupole en or.
Nous entrâmes au Mausolée de l'Imam Ali après
la lecture du "permis d'entrée" comme le veut la coutume des Chi'ites
visiteurs.
Les ornements étaient encore plus fabuleux
qu'à "Kadhimya" et comme d'habitude je m'arrêtais pour lire la "Fatiha", je
doutais que ce tombeau contenait réellement le corps de l'Imam Ali, car la
simplicité de la maison où habitait l'Imam m'a laissé croire que l'Imam Ali
n'aurait pas accepté ces ornements d'or et d'argent, alors que les musulmans
meurent de faim partout dans le monde et surtout que le tombeau est entouré
de nombreux mendiants.
J'ai voulu crier et dire: " O! Chi'ites vous
êtes dans l'erreur. vous devez admettre au moins cette faute car le Messager
d'Allah a envoyé l'Imam Ali démolir les tombeaux, alors à quoi bon ces
tombeaux construits en or et en argent, si cela n'est pas du polythéisme
c'est au moins une grave erreur que l'Islam ne pardonnera pas".
Mon ami m'a demandé si je voulais faire mes
prières, il me présentait une pièce d'argile sèche, je lui dis avec
virulence: nous ne faisons pas nos prière autour des tombeaux! Il dit: alors
attends-moi un moment juste pour faire deux Rakaât.
En l'attendant, je lisais la plaque fixée sur
le tombeau, je regardais l'intérieur entre les barreaux d'or, il était plein
de billets de toutes les couleurs qui étaient jetés par les visiteurs pour
contribuer aux projets d'intérêts commun qui se rapportent au mausolée, vu
la grande quantité des billets, j'ai cru qu'elle était récolte de quelques
mois, mais mon ami m'a fait savoir que les autorités responsables de la
propreté du mausolée ramassent l'argent chaque soir après les prières
nocturnes.
Je sortais derrière mon ami, étonné, comme si
je souhaitais qu'on me donne une part, ou au moins aux pauvres et déshérités
qui sont très nombreux ici.
Je regardais dans tous les sens à l'intérieur
de la grande clôture qui entourait le Mausolée là où des groupes de gens
faisaient la prière, d'autres écoutaient les prêches d'orateurs. J'ai vu
d'autres groupe de gens qui pleuraient en se frappant la poitrine, j'ai
voulu demander à mon ami ce qu'ils avaient? Lorsqu'un convoi funèbre passa
devant nous, quelques hommes soulevèrent la dalle de marbre pour enterrer le
cadavre, j'ai pensé qu'ils pleuraient pour la disparition de leur cher
défunt.
Mon ami m'a emmené dans une petite mosquée qui
côtoyait le mausolée, le sol était couvert de tapis, le "Mehrab" était gravé
de versets coraniques de belle calligraphie.
J'étais attiré par un groupe de jeunes enfants
enrubannés assis à côté du "Mehrab". chacun d'eux tenait un livre, Ils
étudiaient, j'étais impressionné par cette scène qui présentaient, des
"Cheikhs" en bas âges, Ils avaient entre treize et seize ans. Ils étaient
très beaux avec leurs costumes uniformes.
Mon ami, leur a demandé où était le Sayed ?
Ils répondirent qu'il dirigeait la prière à côté.
J'ai compris de la causerie, que le Sayed est
l'un des grand Savant, j'ai saisi par la suite, qu'il s'agit de Sayed
AI-Khouy le grand Savant de l'académie scientifique de la communauté
Chi'ite.
Il faut remarquer que le titre de Sayed:
Maître chez les Chi'ites, est attribué à ceux qui sont de la descendance du
Prophète; le Sayed porte un turban noir s'Il est étudiant ou Savant en
théologie les autres "Oulémas" portent le turban blanc et se nomment les
"Cheikhs" les autres descendants du Prophète qui ne sont pas Savants portent
le turban vert.
Mon ami m'a demandé de m'asseoir avec eux, le
temps qu'il aille à la rencontre de Sayed AI-Khouy, Ils m'ont bien
accueIllis et m'ont entouré d'un demi cercle je regardais leurs visages
plein d'innocence et de pureté, je me rappelais les dires du Prophète:
" Toute personne naisse à la disposition
naturelle du bon sens, ainsi ses parents feront de lui, un Juif, un
Chrétien, un Mage."
J'ai ajouté en moi-même ou feront de lui un
Chi'ite.
Ils m'ont demandé de quel pays je venais ?
- De Tunisie
- Avez-vous des académies scientifiques ?
- Nous avons des universités et des écoles;
leurs innombrables questions venaient de tous les côtés, elles étaient
pertinentes et précises.
Que dois-je dire à ces innocents qui croyaient
que le monde musulman était plein d'académies scientifiques où on enseignait
les lois islamiques. la jurisprudence, et les interprétations du Coran. Ils
ignorent que le monde musulman a évolué, dans nos pays modernes nous avons
changé les écoles coraniques en jardins d'enfants sous les auspices des
soeurs chrétiennes. ainsi dois-je leur dire qu'Ils sont trop arriérés par
rapport à nous ?!
L'un d'entre eux m'a demandé quelle est la
doctrine suivie en Tunisie"? J'ai dit: La doctrine "Malikyya' de l'Imam
Malek; quelques uns riaient, je ne prêtait aucune attention.
Ils disent enfin : - Connaissez-vous la
doctrine "Jaafaryya' ?
Effrayé j'ai dit : - Qu'est-ce que ce nouveau
nom ? nous ne connaissons que les quatre doctrines, les autre ne font pas
partie de l'Islam .
Ils m'expliquèrent en souriant que la doctrine
"Jaafari" est l'Essence de l'Islam! Savez-vous que l'imam Abou-Hanifa était
l'élève de l'Imam Jaafar-Assadek? Et que l'Imam Abou-Hanifa disait lui-même:
"Si ce n'était les deux années d'éducation
chez Jaafar j'aurais péri:"
Je restais sIlencieux sans réponses. Ils me
présentaient un nouveau nom que je n'avais jamais connu. Je remerciais. Dieu
que leur Imam Jaafar-Assadek ne soit le professeur de l'Imam Malek, pour
cela j'ai dit avec fierté:
-Nous sommes "Malikites" nous ne sommes pas
"Hanafites".
Ils répondirent que les Imams des quatre
doctrines ont profités les uns des autres, Ahmad Ibn Hanbal a tiré profit de
Chafey ; Celui-ci a tiré profit de Malek qui lui-même s'appropriait d'Abou-Hanifa
qui était l'élève de Jaâfar-Assadek, de tout cela on peut conclure que les
quatre sont les élèves de l'Imam Jaâfar Ibn Mohammed qui a fondé la première
Université Islamique dans la Mosquée de son grand-père le Messager d'Allah,
où il enseigna plus de quatre mille juristes porteurs la tradition du
Prophète.
J'étais ébahi par ces jeunes, si intelligents,
qui s'expliquaient avec autant d'aisance qu'Ils récitaient le Coran.
J'étais plus étonné encore lorsqu'ils me
démontraient quelques références historiques et citaient nombre de volumes
et de titres de chapitres, Ils s'élançaient dans la discussion comme des
professeurs méthodiques et convaincants. J'ai senti ma faiblesse devant eux,
j'aurais préféré sortir avec mon ami que de demeurer avec ces enfants, je
n'arrivais pas à répondre à leurs questions concernant la jurisprudence et
l'histoire.
Ils me demandaient : à quel Imam je me
référais ? J'ai dit : à l'Imam Malek !
Ils disent: "Comment tu te confie à un homme
mort depuis déjà quatorze siècles? Si tu voulais lui demander des
innovations, te répondrait-il ?"
J'ai réfléchi un instant et j'ai dit :
"Toi aussi ton Imam Jaâfar est mort depuis
quatorze siècle.'- Oui mais sa parole a porté si loin qu'elle est encore
vivante aujourd'hui. et Sayed AI-Khouy nous aide à la comprendre.
Je n'ai pas compris lequel des deux était plus
Savant, l'Imam Khouy ou l'Imam Jaâfar-Assadek
J'essayais de changer le sujet de conversation
en leur posant des questions pour me dégager de leur emprise tel que: quel
est le nombre d'habitants de "Najaf'. la distance entre Najaf et Bagdad,
connaissaient- ils d'autres pays que l'Irak, et chaque fois qu'ils
répondaient à une question je leur en préparais une autre afin de les
détourer, car je me sentais incapable de faire face à leurs connaissances,
je n'admettais pas cet état de fait, même si au profond de mon coeur
j'acceptais ma défaite, que toute la gloire et la grandeur, la vanité qui
m'ont été attribués en Egypte sont dissipés ici, surtout après la rencontre
de ces enfants, je me rappelais alors de la Sagesse qui dit
"Dis à celui qui prétend avoir toutes les
connaissances en philosophie: tu as connu une chose, mais tu as ignoré
beaucoup de choses ".
J'imaginais que les esprits de ces jeunes
enfants étudiants étaient plus ouverts, mieux formés que ceux des Savants d'AI-Azhar
en Egypte et ceux de nos Savants de Tunisie.
Sayed AI-Khouy est entré avec un groupe
"d'Oulémas" respectueux et digne. Tous les étudiants se levèrent, moi aussi.
Ils avancèrent pour baiser la main du Sayed, je restais immobIle, Sayed
AI-Khouy s'est assit après tout le monde et commença à les saluer un par un
jusqu'à mon tour.
Mon ami, qui chuchotait à l'oreille de Sayed
AI-Khouy m'a fait signe de m'approcher à côté du Sayed, à sa droite. après
les salutations et les présentations, mon ami me dit: raconte à Sayed tout
ce que vous entendez sur les Chi'ites chez vous en Tunisie.
J'ai dit : nous avons des histoires qu'on
entend d'ici et delà , l'essentiel pour moi c'est de savoir moi-même ce que
disent les Chi'ites et j'ai quelques questions à poser et je veux des
réponses franches.
Mon ami a insisté pour que je raconte au Sayed
notre croyance vis à vis des Chi'ites.
J'ai dit : " Pour nous les Chi'ites sont
plus dangereux que les juifs et les chrétiens à l'égard de l'Islam, puisque
eux au moins adorent Dieu et croient au Message de Moïse, alors qu'on nous
rapporte que les Chi'ites adorent Ali et le glorifient, quelques uns d'entre
eux adorent Dieu, mais considèrent Ali comme Messager de Dieu, je leur
racontais l'histoire de la trahison de l'Archange Gabriel qui a donné le
Message à Mohammed au lieu de le remettre à Ali".
Sayed Khouy restait silencieux tête baissée
pendant quelques temps, ensuite il me regarda et me dit : Nous
témoignons qu'il n'y a de divinité qu'Allah" nous témoignons aussi que son
Messager est Mohammed que Dieu le bénisse ainsi que sa descendance purifiée.
pour nous Ali n'est qu'un serviteur de Dieu, puis il se tourna vers
l'audience et dit : "Regardez comment les rumeurs mensongères détournent ces
gens innocents ! et ceci n'est pas étonnant puisque j'ai déjà entendu pire
venant d'autres personnes". Il se tourna vers moi et me demanda si j'avais
bien lu le Coran.
J'ai dit que j'en avais appris la moitié par
coeur à l'âge de dix ans.
IL me dit :" sais-tu que tous les groupes
musulmans indépendamment de leurs doctrines s'accordent sur l'authenticité
du Coran ? et nous possédons tous les mêmes textes" ?
J'ai répondu :" bien sûr que je le sais"
Il me dit : "donc tu as lu les propos d'Allah
Exalté Soit-IL":
"Mohammed n'est qu'un
Messager de Dieu avant lequel les messagers sont déjà passés"
AI-Maâida, Verset 144.
Dieu dit aussi :
"Mohammed est le
Messager de Dieu et ceux qui sont avec lui, sont durs avec les mécréants…"
AI-Fath, Verset 49.
et dans un autre verset IL dit :
"Mohammed n'a jamais été
le père de l'un de vos hommes, mais le Messager de Dieu est le sceau des
Prophètes." AI-Ahzeb, Verset 40.
J'ai dit: "Bien sûr, je connais tous ces
versets" !
IL me dit:" Ou est donc Ali ?! Si notre Coran
dit que le Messager de Dieu n'est autre que Mohammed, d'où est venu ce
mensonge ?!
Je me taisais car je n'avais de réponses, et
ajouta: " Quand à la trahison de l'Archange Gabriel (à Dieu ne plaise) elle
est pire que l'allégation précédente, car lorsque Gabriel apporta le Message
d'Allah à Mohammed, celui-ci avait l'âge de quarante ans, tandis que Ali
n'était qu'un gamin de six ou sept ans, comment Gabriel pourrait-il se
tromper, et ne pas distinguer entre Mohammed l'adulte et Ali le petit
garçon."?
Il se taisait longuement pendant que je
pensais consciemment à ses paroles.j'analysais ses propos logiques qui m'ont
touchés profondément et m'ont éclairés. Je me suis demandé pourquoi nous
n'avons pas basé notre analyse sur un tel raisonnement logique. Sayed
AI-Khouy poursuivit encore en me disant: "Je porte à ta connaissance que les
Chi'ites sont les seuls parmi tous les groupes musulmans à croire à l'infaIllibIlité
des Prophètes et des Imams: alors si nos Imams (que la paix soit sur eux)
sont infaIllibles, que dire alors de "Gabriel" l'Archange que Dieu nommait:
"l'Esprit de fidélité".
- J'ai dit : "Alors d'où parviennent ces
rumeurs ?"
- Il dit :"de tous les ennemis de l'Islam qui
veulent diviser les musulmans en factions pour qu'ils s'affrontent entre
eux. Tous les musulmans sont des frères qu'ils soient Chi'ites ou Sunnites,
car ils adorent un seul Dieu, sans Lui associer aucune autre divinité, ils
ont le même Coran, le même Prophète, la même "Kibla'(direction vers laquelle
s'orientent tous les musulmans dans leurs prières) les Chi'ites se diffèrent
des Sunnites par des opinions, des convictions, qui ne remettent nullement
en cause l'essentiel de ce que je viens de rappeler. Les Sunnites eux-mêmes
connaissent des divergences, l'Imam Malek contredit l'Imam Abou-Hanifa,
celui-ci contredit l'Imam Chafey, et ainsi de suite".
- Alors, tout ce qu'on raconte sur vous n'est
que mensonge ?
- Par la Grâce de Dieu, tu est intelligent, et
tu comprends les choses, maintenant que tu as visité le pays des Chi'ites tu
t'es promené dans leur milieu, as-tu vu ou entendu quoi que ce soit de ces
rumeurs mensongères ?
- Je n'ai entendu et vu que du bien, je
remercie Dieu qui m'a permis de connaître le professeur Moneem dans le
bateau, c'est grâce à lui que j'ai pu venir en Irak et connu beaucoup de
choses que j'ignorais auparavant.
Mon ami Moneem riait en disant :"Parmi ces
choses, l'existence d'une tombe pour l'Imam Ali".
Je lui ai fait signe d'arrêter ses
plaisanteries. J'ai repris en disant:
- j'ai plutôt appris des choses nouvelles,
même de la part de ces jeunes enfants. J'aurais souhai