Retour Les Croyances du
Chiisme
Mohammad Redhâ
al-Modhaffar
(Édition revue, corrigée et annotée)
Édité et traduit par
Abbas AHMAD Al-Bostani
PUBLICATION DE LA CITÉ DU SAVOIR
Éditeur:
La Cité du Savoir
Abbas AHMAD al-Bostani
C.P. 712 Succ. (B)
Montréal, Qc., H3B 3K3
Canada
Tous droits de traduction, de
reproduction et
d'adaptation réservés pour tous pays
© Abbas Ahmad al-Bostani
ISBN 2-9804196-0-5
TABLES DES MATIERES
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Le savant et professeur Cheikh Mohammad
Redhâ al-Modhaffar était un produit-type des institutions religieuses et
théologiques de la capitale du Chiisme, la ville de Najaf (Iraq). Il est né le
5 Cha`bân 1322 de l'hégire dans une famille connue dans cette ville pour sa
vocation théologique. Son père, Cheikh Mohammad ibn Abdullâh al-Modhaffar,
était un faqîh, un mujtahid, un savant et l'un des marâja` ("Références à
suivre") de Najaf. Né, éduqué et grandi dans une famille de savants et dans un
milieu de chercheurs et d'érudits, le Cheikh Mohammad Redhâ al-Modhaffar fut
doté dès le début d'une formation scolaire, intellectuelle et culturelle
solide.
Il commença sa formation par l'étude de
la littérature, de la jurisprudence, de la théologie et du rationalisme, le
circuit classique et habituel de l'école de Najaf. Il excella rapidement dans
toutes les disciplines qu'il étudiait. Après avoir achevé ce cycle
d'enseignement secondaire, il se consacra aux études supérieures de fiqh
(jurisprudence musulmane), de Fondements de la Religion et de philosophie,
sous la direction des grands uléma de l'époque. Tout en poursuivant ces
recherches, al-Modhaffar enseignait le fiqh et les fondements de la
philosophie à la fois aux niveaux d'études secondaire et supérieur.
Mais outre ces activités, al-`Allâmah
al-Modhaffar se consacra au développement de la très célèbre institution
académique et religieuse de "Montadâ al-Nachr", dont le nom est devenu
inséparable du sien. Non seulement il en assurait la direction, la gestion et
l'organisation des programmes, mais il y enseigna la littérature, la logique,
la philosophie, la jurisprudence, les Fondements, du niveau élémentaire au
niveau supérieur.
Cet homme infatigable et cet esprit
insatiable ne savait imposer des limites à ses activités ni se contenter d'une
branche de la Connaissance. Dès sa première jeunesse, et malgré un programme
scolaire très chargé et absorbant, il s'intéressa de près à ce qu'on appelait
la "culture moderne" et les "sciences modernes": mathématiques, astronomie,
sciences de la nature, etc... Et, tout en étant absorbé par ses études
théologiques et philosophiques, il cultivait son goût pour la langue arabe, la
poésie et la versification. Alors qu'il dispensait des cours dans les
différents domaines de sa formation, partout où on a avait besoin de lui, et
quel que soit le niveau scolaire proposé, il ne cessa jamais d'élaborer des
programmes scolaires et universitaires, de rédiger des articles et de publier
des ouvrages dont certains sont devenus les manuels de base incontournables
dans beaucoup de grands établissements théologiques et académiques. L'exemple
en est sont ouvrage particulièrement célèbre: "Al-Manteq" (La Logique).
En 1376 de l'hégire, al-Modhaffar fonda
la Faculté de Fiqh (jurisprudence islamique) à Najaf, où l'on enseigne
toujours la Jurisprudence Imâmite, la Jurisprudence Comparée, le Tafsir
(Exégèse) et ses fondements, le Hadith et ses fondements (al-Derâyah),
l'éducation, la psychologie, la littérature et son histoire, la sociologie, la
Logique, l'histoire moderne, la méthodologie de l'enseignement, la grammaire,
les langues étrangères, etc.
INTRODUCTION
(de la première édition - version arabe)
Au Nom d'Allah, le Clément, le Miséricordieux
Allah soit loué et que la Paix et la
Prière soient sur le Prophète Mohammad, le meilleur de l'humanité, ainsi que
sur les membres guidants de sa famille.
Lorsque j'ai rédigé ces "croyances", je
ne cherchais qu'à enregistrer le résumé de ce que j'avais compris des
croyances islamiques telles qu'elles sont présentée par l'Ecole d'Ahl-ul-Bayt
(P).
J'ai rédigé ces résumés dépouillés de
preuves et de démonstration, et dépourvus des hadith des Imams d'Ahl-ul-Bayt
dont ils sont tirés, car j'ai voulu que tout le monde, le débutant, le lecteur
instruit et le savant, puisse en bénéficier.
Je les ai intitulé "Les Croyances des
Chiites"(1)
en entendant par ce dernier terme, les Chiites imamites duodécimains en
particulier.
Lorsque je les avais préparés en 1363
A.H., c'était dans l'intention d'en faire des cours périodiques pour les
étudiants de la Faculté religieuse de Montadâ al-Nachr(2),
en espérant qu'ils serviraient de cours préparatoires pour des recherches
théologique de haut niveau. A l'époque, je ne les avais pas écrits en écrivain
publié et lu. Aussi ces textes étaient restés négligés sur des feuilles
dispersés, à l'instar de beaucoup d'autres cours et conférences - notamment
dans le domaine des croyances et de la science théologique - que je dispensais
ces jours-là.
Mais cette année - huit ans après leur
rédaction - un noble et éminent éditeur m'a encouragé à les réviser et à les
compiler pour les publier sous forme d'un traité à cycles enchaînés, afin
qu'il soit mis à la disposition des lecteurs et qu'il serve à réfuter beaucoup
de fausses accusations collées au dos des Chiites imamites, surtout à un
moment où certains écrivains contemporains en Egypte et ailleurs persistent à
faire de leur plume l'instrument de campagnes injustes contre le Chiisme et
ses croyances, ignorant ou affectant d'ignorer la pureté islamique de la voie
des Ahl-ul-Bayt, se rendant ainsi coupables d'être injustes envers la vérité
et de répandre l'ignorance entre leurs lecteur d'une part, et d'appeler à la
division des Musulmans à susciter la haine et la rancune dans leurs coeur, et
pis, à les inciter les uns contre les autres. Pourtant tout homme averti ne
saurait ignorer combien nous avons besoin, surtout de nos jours, du
rapprochement entre les différents groupes musulmans et de l'apaisement de
leur haine, faute de pouvoir unifier leurs rangs et les réunir derrière un
seul étendard.
Je dis ceci tout en étant conscient que
nous ne pourrions pas malheureusement amener à la raison, par nos efforts de
rapprochement, des écrivains tels que le Dr. Ahmad Amîn et ses semblables,
portés à la division, car plus nous leur expliquons l'authenticité et la
vérité de nos croyances islamiques, plus ils s'entêtent à vouloir les
déformer, et plus nous attirons leur attention sur leurs erreurs, plus ils
s'obstinent dans leur attitude hostile.
En fait, il nous importerait peu que ces
individus et d'autres persistent dans leur hostilité, si nous nous ne
craignions pas qu'ils N,induisent en erreur des lecteurs non avertis qui
risqueraient de croire à leurs mensonges, et de s'imprégner de leur haine et
de leur hostilité.
En tout état de cause, en acceptant de
publier ce livre, j'espère qu'il présente un intérêt pour quiconque cherche la
vérité, et ce faisant, j'aurai rendu un service islamique, ou même un service
humain... Et c'est à Allah Seul que je demande la réalisation de mon but.
Mohammad Redhâ al-Modhaffar
Najaf - Iraq
Le 27 Jomâdi al-Thânî 1370 H.
INTRODUCTION (à la deuxième
édition arabe)
Dix ans après la publication de ce
livre, dont le but était d'expliquer les croyances Chiites, on m'a demandé
l'autorisation de procéder à une deuxième édition.
Si j'ai accepté sa réédition, c'est dans
l'espoir renouvelé de dissiper les nuages épais qui ont assombri depuis
longtemps les relations entre les deux grandes familles de l'Islam: le
Sunnisme et le Chiisme, et de tenter d'enlever la poussière que le passé
lointain a fait retomber sur les croyances islamiques authentiques.
Je suis certain que l'idée du
"rapprochement des Ecoles Juridiques Musulmanes" est devenue aujourd'hui une
soucieux de l'intégrité de l'Islam et ce, de quelque horizon doctrinal qu'il
soit, et quelle que soit son opinion sur les héritages doctinaux. Or, le
meilleur moyen de favoriser ce rapprochement est que les tenants de chaque
Ecole juridico-religieuse de l'Islam se chargent eux-mêmes de faire connaître
et d'expliquer tous les aspects méconnus et incompris de leur doctrine.
Cette façon de procéder offre, à mon
avis, toutes les garanties d'une compréhension correcte et juste des croyances
d'une doctrine, puisque celle-ci est expliquée par ses propres adeptes et se
trouve ainsi à l'abri de toute supputation, extrapolation conjecture ou
argumentation fallacieuse.
Qu'Allah fasse se réaliser le but dans
lequel ce livre a été écrit!
Le 21 Chawwâl 1380
L'auteur
PRÉFACE
Par Dr. Hamid Hafni Dâwûd
Professeur de Littérature Arabe à la Faculté des Langues du Caire et
Directeur des Etudes Islamiques à l'Université de "Aligarh" en Inde.
Ils se trompent lourdement ceux qui
prétendent pouvoir connaître de façon correcte les croyances du Chiisme, ses
sciences et sa littérature, à travers les écrits de ses adversaires, quand
bien même ces derniers seraient des savants confirmés et qu'ils observent
toute l'honnêteté scientifique dans la transmission des textes (références,
citations, documents), et dans les commentaires qu'ils en font, en toute
objectivité et loin de tout parti pris sectaire.
Je dis cela, et j'insiste sur cette
affirmation, en connaissance de cause et après avoir passé un temps très long
dans l'étude des croyances des douze Imams en particulier, et du Chiisme en
général, à travers les ouvrages historiques et critiques des auteurs Sunnites.
De cette longue période d'étude du Chiisme à travers les écrits des savants
Sunnites, je n'ai pas obtenu grand chose, et je ne suis pas parvenu à
connaître la vérité concernant le Chiisme. La raison en est que cette étude
était une étude incomplète et mutilée, fondée sur les affirmations des
détracteurs de cette Ecole juridico-religieuse, dont les adeptes constituent
la seconde partie des Musulmans dans les orients et les occidents de la Terre.
Et puis, animé que j'étais par la
recherche de la Vérité où qu'elle se trouve, de la Sagesse où qu'elle soit, la
Sagesse étant la bête égarée du Croyant, j'ai tourné le gouvernail de ma
recherche scientifique de l'Ecole des douze Imams vers l'autre direction,
c'est-à-dire l'étude de cette Ecole à travers les écrits de ses savants, de
ses tenants, de ses chercheurs et de ses dignitaires. Et il est évident que
les savants de ladite Ecole connaissent mieux celle-ci que ses adversaires, et
ce quels que soient l'éloquence, la réthorique et les mérites de ces derniers.
En outre, l' "honnêteté scientifique",
qui est l'une des premières règles de la "méthode scientifique moderne" que
j'ai choisie pour mener à bien mes recherches et mes écrits sur les vérités
matérielles ou spirituelles, exige une exactitude totale et beaucoup de
scrupules dans la transmission des textes et des documents sur lesquels se
fonde e chercheur. Or, comment un chercheur, quelles que soient son habilité
scientifique et son intuition dans la connaissance des vérités, pourrait-il
s'assurer de l'authenticité et de l'exactitude des textes relatifs aux Chiites
et au Chiisme en s'appuyant sur des références et des sources qui
n'appartiennent pas à ces derniers? Sa recherche "scientifique" serait
certainement sujette à caution, et ne reposerait certes pas sur un fondement
bien solide!
Pour toutes ces raisons, j'ai décidé
d'approfondir mes connaissances relatives au Chiisme et aux Chiites à travers
ce qu'ils avaient écrit eux-mêmes, et ce qu'ils ont dit eux-mêmes, afin de ne
pas tomber dans la même erreur et le même malentendu que d'autres historiens
et critiques qui s'étaient crus à même de porter des jugements sur le Chiisme
et les Chiites. Pour moi, tout chercheur qui s'aventure à étudier une série de
faits et de vérités en se référant à des sources non originelles fait un faux
pas et commet une absurdité qui n'a rien de scientifique.
C'est dans cette erreur qu' "al-`Allâmah,
le Dr. Ahmad Amîn" est tombé lorsqu'il a traité de la doctrine Chiite dans ses
livres. En effet, ce "`âlem" avait essayé d'exposer aux intellectuels certains
aspects du Chiisme et, ce faisant, il s'est cru autorisé à faire des
supputations sur cette Ecole, telles que: "le Judaïsme s'est manifesté dans le
Chiisme"...
"les Chiites sont les adeptes de `Abdullâh
ibn Saba'", et d'autres insinuations dont la fausseté a été établie et que les
uléma Chiites n'ont trouvée aucune peine à réfuter. (...)(3)
Et alors que je continuait à puiser dans
les sources originelles et authentiques du Chiisme, un ami éditeur irakien(4)
n'a présenté un nouveau livre, écrit par le Professeur Mohammad Redhâ al-Modhaffar,
Doyen de la Faculté de Fiqh de Najaf (Iraq), sur les croyances des Chiites, et
m'a demandé d'en préparer une introduction dans laquelle je dirais franchement
ce que j'en penserais.
Dès que je me suis mis à feuilleter ce
livre, je n'ai pu qu'être saisi d'admiration pour un ouvrage dans lequel
l'auteur allie l'exposé précis des croyances des Chiites à la clarté et la
franchise de l'expression de son intention. En effet, alors que ce livre ne
cesse de vous procurer une immense joie dans la découverte des croyances du
Chiisme à travers une image clairement dessinée, dont les différences parties
sont bien classées et bien détaillées, il vous éblouit en même temps par la
beauté de ses expressions et l'éclat de son tissage. Mais outre ces deux
aspects dignes d'éloges de l'ouvrage, celui-ci réunit en lui la richesse du
contenu que les chercheurs sont habitués à trouver dans les livres du Chiisme,
et la brièveté et la concision de ce que l'auteur veut expliquer au lecteur.
Fait ainsi, ce livre peut être présenté en deux mots: un contenu riche,
concentré dans un tissu infiniment compact et clair.
En disant tout cela, je cherche moins à
flatter ou à complimenter à l'excès l'auteur, qu'à dire, ce qui constitue, à
mon avis, l'un des principes scientifiques élémentaires que les chercheurs
visent lorsqu'ils s'efforcent de présenter les faits et de les mettre à la
place qu'ils méritent.
C'est pourquoi je vais essayer de
présenter au lecteur quelques-unes des belles images que recèle ce traité
minuscule en volume et en structure, et riche en idées et en signification,
traité que l'auteur a étoffé d'arguments et de preuves et brodé de témoignages
et de citations tirés tantôt du Saint Coran et du Hadith et tantôt des dires
des douze Imams, (qu'Allah soit satisfait d'eux). Ces belles images que je
vais vous exposer, capteront sans doute l'attention du lecteur averti tout
comme elles ont capté la mienne, et susciteront son admiration tout comme
elles ont suscité la mienne, même s'il n'a pas lu cette introduction que j'ai
écrite, car très souvent il y a une symbiose entre les sentiments des
chercheurs et des lecteurs et une conformité de vue dans les jugements qu'ils
émettent sur ce qu'ils lisent, puisque la vérité est une et non multiple tant
que ceux qui la disent et ceux qui la jugent émettent leurs jugements en se
fondant plus sur la raison que sur le coeur, et plus sur leur conviction
intime que sur leurs caprices, et qu'ils sont animés plus par l'équité que par
le parti pris sectaire.
L'une de ces images susceptibles de
capter l'attention du lecteur est la question de l'ijtihâd chez les Imâmites
(les Chiites adeptes des douze Imams d'Ahl-ul-Bayt). En effet, selon l'idée
générale transmise de génération en génération par les uléma Sunnites, la
porte de l'ijtihâd a été fermée avec la disparition des quatre imams du Fiqh
(la jurisprudence islamique): Abu Hanîfah, Mâlek, al-Chafe`î et ibn Hanbal. Il
est question ici, évidemment, de l'ijtihâd dans la doctrine ou un ijtihâd
partiel, dans les branches, et il s'est arrêté, chez les Sunnites, au plus
tard au quatrième siècle de l'hégire. En ce qui concerne les tentatives d'al-Ghazâlî
au cinquième siècle, d'Abu Tâher al-Salafî au sixième siècle, de `Izz al-Dîn
ibn Abdul Salâ et ibn Daqîq al-`Id au septième siècle, de Taqî al-Dîn al-Sabkî
et de l'inventeur(5)
Ibn Taymiyyeh au huitième siècle, d'al-`Allâmah Jalâl al-Dîn Abdul Rahmân ibn
Abî Bakr al-Soyoutî au neuvième siècle... elles s'inscrivent, du point de vue
de la méthode scientifique moderne, dans le chapitre des fatwâ (décrets
religieux) et n'ont rien à voir avec l'ijtihâd.
En revanche, les uléma Chiites Imâmites
s'autorisent l'ijtihâd sous toutes ses formes, que nous venons d'évoquer, et y
insistent absolument. Ils n'ont jamais fermé le chapitre de l'ijtihâd à leurs
savants religieux jusqu'à nos jours. Bien mieux, on les voit exiger la
présence du "mujtahid contemporain" parmi eux, et rendre obligatoire pour tout
Chiite de le suivre directement sans plus se référer aux mujtahid déjà
décédés, tant que ledit mujtahid contemporain (vivant) tire les bases de son
ijtihâd (les Fondements et les branches) de ses prédécesseurs et les hérite
des Imams qui les transmettent de père en fils.
Ce n'est pourtant pas tout ce qui me
séduit dans leur ijtihâd. Ce qui me semble encore plus captivant à cet égard,
c'est que l'ijtihâd qu'on leur connaît suit l'évolution de la vie et de ses
lois, et rend les textes religieux vivants, mobiles, évolutifs et en
développement constant, s'adaptant aux lois de l'époque et du lieu, et
échappant au figement qui éloigne la Religion de la vie ou la doctrine de
l'évolution scientifique, comme on le voit dans la plupart des autres Ecoles
juridico-religieuses Musulmanes.
Sans doute la production livresque
prodigieuse des Chiites et leur riche bibliothèque toujours grandissante,
s'expliquent-elles à notre avis du fait qu'ils ont laissé ouverte à deux
battants la porte de l'ijtihâd.
La deuxième image qui attire l'attention
des penseurs, et les incite à s'intéresser aux croyances de cette doctrine et
à approfondir l'étude de ses opinions, c'est la discussion des uléma Chiites
de la question de la "beauté" et de la "laideur" dans les choses, et de savoir
si une chose est belle en elle-même et de par son essence, ou bien si elle
l'est parce qu'Allah l'a commandée à Ses serviteurs et l'a choisie pour eux.
Et la même question est posée par eux à propos de la laideur: une chose
est-elle laide dans son essence et dans sa nature, ou bien sa laideur
découle-t-elle du fait qu'Allah l'a interdite à Ses serviteurs?
Quand vous aurez lu ce sujet et ce que
l'auteur des "Croyances du Chiisme" dit à ce propos, vous constaterez
vous-mêmes que les Chiites optent pour la première solution à propos du beau
et du laid. Selon les Chiites en général, et les Imâmites en particulier, la
beauté et la laideur sont essentielles et originelles dans les choses, et ne
proviennent pas de l'approbation ou de l'interdiction qu'Allah leur a
assignés. Une telle opinion surprend beaucoup de chercheurs et les incite à la
réflexion et à la méditation.
Quant à moi, il n'y a pour moi aucun
motif d'étonnement ou d'équivoque, car les Chiites Imâmites recouraient autant
à la science rationnelle qu'à la science instrumentale pour traiter de
certaines questions religieuses. Leur opinion sur le beau et le laid, en tant
que qualité essentielle dans les choses, est identique à celle des Mu`tazilah.
Ici, une question se pose, à laquelle je
m'apprête à répondre. Il s'agit de savoir si les Chiites ont subi, à cet
égard, l'influence des Mu`tazilites ou bien si, au contraire, ce sont les Mu`tazilites
qui ont été influencés par les Chiites. La réponse est que, contrairement à
une idée fausse largement répandue parmi les chercheurs, ce ne sont les
Chiites qui ont subi l'influence des Mu`tazilites, mais l'inverse. J'affirme
cela sans risque de me tromper car le Chiisme, en tant que doctrine, est
antérieur au Mu`tazilisme, en tant que doctrine, et les figures de proue du
Chiisme existaient bien avant les têtes pensantes du Mu`tazilisme. Je fonde
mon affirmation sur des vérités historiques que personne ne songe à contester,
à savoir que la première génération Chiite commença à se former à l'époque des
Califes Bien-Dirigés et se développa sous le Califat de l'Imam Ali. Et, à
peine l'Imam Ali était-il tombé en martyr, que les Chiites étaient devenus un
parti qui égalait tous les partis politiques et religieux de l'Islam(6).
Il en résulte que je suis à même de
mettre en évidence, à l'intention du lecteur averti, que le Chiisme,
contrairement aux affirmations des auteurs déformateurs de la vérité et
Omayyades, n'est pas une doctrine purement "instrumentale" fondée sur des
traditions religieuses imprégnées de mythes, l'illusions, de superstitions, et
de glissements judaïques, ni découlant dans ses principes de Abdullah ibn
Saba' ou d'autres personnages légendaires. Le Chiisme, selon notre méthode de
recherche scientifique moderne, est tout à fait le contraire de ce
qu'insinuent ses détracteurs. En effet, le Chiisme est la première doctrine
musulmane qui ait réuni à la fois l'instrumental (les traditions transmises)
et le rationnel, et qui ait réussi, à la différence des autres doctrines
musulmanes, à suivre une voie globale et de large horizon. Sans ce trait
distinctif consistant à concilier le "rationnel" et l, "instrumental" qui les
caractérise, les Chiites n'auraient pas eu cet esprit de rénovation dans l'ijtihâd
et de développement dans leurs questions jurisprudentielles, leur permettant
de s'adapter aux changements de lieu et d'époque sans s'écarter de l'esprit de
l'éternelle Chari`ah islamique.
Voyons maintenant une troisième image
captivante de ce livre, image qui pourrait paraître, de prime abord, en
contradiction avec la méthode rationnelle dont le Chiisme est armé et que nous
venons de souligner. Il s'agit de la pratique de la visite des tombeaux et des
mausolées des Imams d'Ahl-ul-Bayt et des personnages pieux de l'Islam, et de
l'adoration d'Allah (la Prière prescrite, les réunions religieuses, les
cérémonies commémoratives) près de ces tombeaux et de ces mausolées des Saints
des Musulmans. Ce genre de pratiques est considéré par les Musulmans
empiristes et rationalistes modernes comme illégal et superstitieux, et il y a
même certains groupuscules musulmans, tels les adeptes d'Ibn Taymiyyeh et ceux
de son disciple Mohammad ibn Abdul Wahhâb, le fondateur de la doctrine
wahabite, qui n'hésitent pas à qualifier ces pratiques d'impiété de d'hérésie.
Evidemment, la majorité des Musulmans,
et tous les modérés parmi eux, sont opposés à cette position extrémiste, et
s'accordent unanimement avec leurs Frères Chiites Imâmites sur leur pratique
évoquée ci-dessus, car les deux partis (les Chiites, et la majorité des
Musulmans) croient que les gens pieux et tous les hommes de la Terre ne
peuvent nous être utiles que dans ce qu'Allah décide pour nous, et ne peuvent
nous nuire que lorsqu'Allah le veut. Par conséquent, les hommes ne peuvent
avoir de l'influence sur nous, et ne peuvent nous être utiles ou nuisibles,
qu'avec la Permission d'Allah. Donc, visiter les tombeaux des hommes pieux,
n'a d'autres signification ni d'autre effet que le désir de suivre leur bon
exemple, leur haute moralité islamique, et les pratiques qui en découlent,
sont tout-à-fait admises chez les deux parties, Chiite et Sunnite.
Le quatrième point qui a suscité mon
admiration en lisant ce livre, c'est la façon claire et éloquente dont
l'auteur montre l'influence de la méthode rationnelle sur les penseurs Chiite,
et pourquoi ceux-ci croient à l'unité des Attributs et de l'essence d'Allah,
c'est-à-dire que les Attributs d'Allah sont Son Essence-même, et comment ils
conçoivent la question de "la Décision et le Destin"(7),
c'est-à-dire si l'homme est libre ou prédéterminé dans ses actions et son
destin.
Le cinquième point développé dans ce
livre, et par lequel nous terminerons notre introduction, est la question de
Badâ',
dont le sens apparent est de faire
quelque chose puis de l'effacer, et que les Chiites Imâmites attribuent à
Allah, mais pris dans un sens tout-à-fait différent. Or, étant donné que le
Badâ', dans son sens apparent, est plutôt un attribut des êtres créés, puisque
faire quelque chose puis l'effacer est signe d'une pensée précipitée, de
correction après l'erreur, et de connaissance après l'ignorance, beaucoup de
penseurs ont décrié les Chiites pour avoir attribué le Badâ' à Allah, alors
que ceux-ci sont à cent lieues de l'attribuer dans son sens courant et
apparent à Allah. En effet, les uléma Chiites et Sunnites sont d'accord pour
dire que la Science d'Allah est Ancienne (Eternelle) et à l'abri de tout
changement, de toute modification, et de toute réflexion, qui sont le propre
des êtres humains. Ce qui est susceptible de changement et d'effacement après
avoir été établi, c'est seulement ce qui apparaît sur la "Table Préservée"
(al-Lawh al-Mahfoudh), puisque le Très-Haut dit: "Allah efface qu'IL veut et
confirme ce qu'IL veut...".(8)
Prenons un exemple de la signification
du Badâ' chez les Chiites pour illustrer leur croyance à cet égard. Allah a
écrit, au début de la vie de quelqu'un, qu'il sera malheureux. Mais cet
individu se repent alors qu'il est arrivé à l'âge de quarante ans, et il sera
inscrit, sur la "Table Préservée", parmi les heureux. Le Badâ' consiste ici en
l'effacement du nom de cet homme de la liste des malheureux et dans son
inscription sur la liste des heureux. Quant à la Science d'Allah (Sa
Connaissance de cette question), elle couvre toutes les étapes de cette
affaire: l'inscription, l'effacement, puis la nouvelle inscription après le
repentir. C'est-à-cire qu'Allah sait à l'avance que l'homme en question sera
d'abord malheureux, puis heureux lorsqu'IL lui aura inspiré la repentance.
Ainsi donc, ceux qui ont dénoncé la
croyance du Chiisme au Badâ' ont appliqué ce terme à la Science éternelle
d'Allah, alors que les Chiites Imâmites l'appliquent uniquement à ce qui écrit
sur la "Table Préservée". (...)
A mon avis, la croyance au Badâ' est la
seule explication qui s'offre à nous, de l'Abrogeant et de l'Abrogé (al-Nâsekh
wal-Mansoukh) dans le Coran, et du secret de la révélation progressive des
Versets concernant l'interdiction du vin et des étapes de cette interdiction.
Allah a voulu, par cette progression, traiter la déviation de l'âme humaine et
la débarrasser peu à peu des chaînes de l'habitude tenace, afin qu'elle ait le
temps et les occasions de se réformer. S'IL avait imposé cette interdiction
d'un seul coup, il aurait été difficile pour les victimes de cette habitude
tenace de se réformer. Tel est le Badâ' auquel croit le Chiisme.
Le Caire, 17/06/1381 H. soit 25/11/1961
ap. J.-C.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
La Nécessité de Connaître les
Fondements de la Doctrine
Nous, Chiites Imâmites Duodécimains,
croyons qu'Allah a favorisé l'homme de la faculté intellectuelle et du pouvoir
de raisonnement, et qu'IL lui a commandé de méditer sur Sa création, de
chercher les signes de celle-ci et de réfléchir à Sa Sagesse et à Son Pouvoir
concernant la création de l'ensemble de l'univers et son propre existence.
Le Tout-Puissant Allah dit dans le Saint
Coran: «Nous leur montrerons bientôt Nos Signes, dans l'univers et en
eux-mêmes, jusqu'à ce qu'ils voient clairement qu'Allah est la Vérité»
(Sourate Foççelat, 41:53).
Dans une autre sourate, Allah fustige
ceux qui suivent (indûment) leurs ancêtres: «Ils disent: "Nous suivons la
coutume de nos pères". Et si leurs pères ne comprenaient rien? Et s'ils ne se
trouvent pas sur la Voie Droite?» (Sourate al-Baqarah, 2:170).
Allah condamne de la même façon ceux qui
sont guidés par leur conjectures: «Ils ne suivent que des conjectures et ne
prêchent que la fausseté» (Sourate al-An`âm, 6:116).
En vérité, notre croyance n'est quel le
résultat de ce que nous a dicté notre raison, qui nous a conduits à réfléchir
sur la création de l'univers(9),
et à connaître par conséquent le Créateur. De même, c'est notre sens du
raisonnement qui nous conduit à examiner la revendication de la Prophétie par
quelqu'un et ses miracles. Il n'est pas convenable pour nous de suivre les
autres, quelque haute que soit leur position. En réalité le Saint Coran nous
incite à chercher le savoir et à atteindre à la perfection, tout comme nous y
incite notre propre raison innée. Ce que le Coran stipule ici est la
confirmation de la tendance naturelle de la libre pensée de tous les hommes
sensés. Le Coran ne fait qu'attirer notre attention sur notre tendance
naturelle au savoir et à la réflexion. Il éveille notre esprit et l'oriente
vers les exigences naturelles de la sagesse.(10)
Ceci dit, il n'est pas raisonnable que
l'homme se contente de suivre les éducateurs ou toute autre personne, ou de
dépendre d'eux quant aux questions relatives à la croyance. Non, il doit,
selon son intellect inné, corroboré par les textes coraniques, examiner,
étudier et penser les fondements de ses croyances(11)
sur les points suivants:
1- Le Monothéisme (Tawhîd)
2- La Prophétie (Nobowwah)
3- L'Imamat (Imâmah)
4- La Résurrection (Ma`âd)(12)
Quiconque suit ses ancêtres, ou
d'autres, en ce qui concerne ces principes, aura commis une grosse erreur et
dévié du droit chemin, et sera impardonnable.
En un mot, l'essence de nos croyances se
résume dans deux point principaux:
1)- L'obligation d'étudier et de
connaître les Fondements de la Croyance et l'interdiction de suivre les autres
dans ce domaine.
2)- Cette obligation est une obligation
rationnelle avant d'être une obligation légale, ce qui veut dire que notre
compréhension de ces Fondements ne doit pas découler des Textes religieux,
mais de notre bon sens commun, bien qu'on puisse s'appuyer sur les Textes
religieux après avoir établi la preuve rationnelle.
La signification de l'obligation de
reconnaître les principes fondamentaux de la croyance est que l'intelligence
elle-même perçoit la nécessité de reconnaître les principes de la croyance et
la nécessité de leur accorder une attention réfléchie.
Les Branches de la Religion
En ce qui concerne les Branches de la
Religion, il n'est pas nécessaire qu'un Musulman essaye de les comprendre par
le raisonnement et la preuve. Il a la possibilité de choisir l'une des trois
voies suivantes pour les comprendre et les appliquer.
1)- Acquérir la compétence dans l'Ijtihâd(13)
et, de ce fait, tirer des conclusions fondées sur le Saint Coran et les
Traditions (la Sunnah), et agir
conformément à ces conclusions,
ou
2)- Observer la "précaution"(14)
dans ses actes (relatifs aux Branches de la Religion) en suivant, entre les
différents avis concernant chacun de ses actes, celui qui lui semble le plus
correct. Pour ce faire, il doit examiner et comparer les décrets (les Fatwâ)
de différents Mujtahid sur le sujet,
ou
3)- Suivre un Mujtahid(15)
qui remplisse toutes les conditions de l'ijtihâd, c'est-à-dire quelqu'un qui
soit prudent et sage, qui ait pris soin de ne pas commettre de péchés, qui ait
défendu sa Religion, et surtout quelqu'un qui obéisse aux Commandements Divins
et qui de plus possède la faculté de déduire des conclusions à partir de
l'étude du Saint Coran et de la Sunnah.(16)
Donc, si une personne n'est pas un
Mujtahid, ni n'observe la "Précaution", ni ne suit un Mujtahid pleinement
qualifié, tous ses actes religieux seront nuls et inacceptables par Allah,
même si elle a passé toute sa vie à prier et à faire le jeûne, sauf dans le
cas où ses actes passés auraient été conformes aux décrets d'un Mujtahid
qu'elle aura suivi vers la fin et où, en accomplissant ses actes religieux,
elle aurait formulé
mentalement l'intention de les accomplir
pour l'amour d'Allah(17).
L'Ijtihâd (Raisonnement juridique)
Nous croyons que l'Ijtihâd (procédé de
déduction des statuts légaux) à partir de la Chari`ah (la Loi islamique) dans
le cas des lois religieuses devient une "obligation de suffisance" pour
tous les Musulmans en l'absence de
l'Imam du Temps(18),
ce qui veut dire que si un grand nombre ou un nombre suffisant de Musulmans se
chargent de cette obligation, les autres Musulmans ne sont plus tenus de
l'accomplir, étant donné qu'ils peuvent dépendre des Mojtaheds qui ont rempli
les exigences de l'Ijtihâd concernant les lois religieuses.
Il est obligatoire pour les Musulmans de
toutes les époques de faire attention à ce sujet. Chaque fois qu'un certain
nombre de personnes se proposent de se perfectionner en matière d'Ijtihâd, et
qu'elles atteignent le niveau de Mujtahid, en remplissant toutes les
conditions requises de compétence pour cette tâche, les gens devraient les
suivre dans tous les actes et Commandements religieux, et si ces personnes (Mojtaheds)
ne sont pas accessibles, on doit recourir soi-même à l'Ijtihâd. Au cas où il
est impossible ou très difficile pour tous les Musulmans d'entreprendre l'Ijtihâd,
ils devraient choisir quelques-uns d'entre eux pour accomplir cette tâche. En
tout état de cause, il n'est pas permis qu'ils se content de suivre les
décrets d'un
Pratiquer l'Ijtihâd signifie, s'efforcer
de déduire soi-même des règles à partir des lois islamiques que le Saint
Prophète a apportées avec lui, et qui restent immuables à toutes les époques
et dans toutes les sociétés. Ce qui a été déclaré légal (halâl) par lui,
restera légal jusqu'au Jour du Jugement, et de la même façon, ce qui a été
déclaré illégal par lui, restera illégal (harâm) jusqu'au Jour du Jugement (20).
Les bases de l'Ijtihâd sont les
suivantes:
1- Le Saint Coran
2- La Sunnah (c'est-à-dire les paroles
et la conduite
du Saint Prophète et des Saints Imams)
3- L'Ejmâ' (Le consensus unanime)
4- Le `Aql (La Raison)
La nature de la preuve de chacune de ces
bases est traitée en détail dans les livres d'Uçûl al-Fiqh (Les Fondements de
la Jurisprudence).
Notons au passage que pour atteindre le
niveau de Mujtahid, il est indispensable de faire des efforts soutenus
considérables en la matière, et que l'accession à cette position n'est
possible pour quiconque que s'il se consacre à cette tâche et fait tout ce qui
est en son pouvoir pour acquérir de très larges connaissances et avoir la
compétence de saisir la Vérité qui se trouve sous-jacente dans les faits.(21)
Le Rôle du Mujtahid
Nous croyons que le Mujtahid remplissant
toutes les conditions requises est le représentant de l'Imam durant son
absence. Il est le gouvernant et l'autorité suprême de tous les Musulmans, et
il accomplit ses fonctions en l'absence de l'Imam en ce qui concerne les
décrets (les Fatwâ) et l'administration de la justice. Quiconque fait fî de
l'autorité du Mujtahid, aura fait fi par là même de l'autorité de l'Imam. Or,
faire fi de l'autorité de l'Imam équivaut à faire fi de l'Autorité Divine,
c'est être à la limite du polythéisme,
comme l'a expliqué l'Imam
Ja`far al-Çâdeq(22)
(voir: Wilayaté Faqih de l'Imam Khomeiny).
La tâche de Mujtahid remplissant toutes
les conditions requises ne se limite pas à promulguer des décrets; il
constitue une autorité générale sur tous les Musulmans. Ainsi les gens doivent
s'en remettre à lui pour ce qui concerne le jugement, l'arbitrage et les
sentences, domaine qui lui appartient exclusivement et dont personne d'autre
n'a le droit de se charger sans son autorisation. De même, il n'est permis à
personne d'appliquer des sanctions pénales sans son ordre et son jugement.(23)
Le Mujtahid doit également être consulté
pour la distribution des biens revenant effectivement à l'Imam.(24)
Cette autorité exclusive a été accordée par l'Imam au Mujtahid afin qu'il
agisse en son nom (de l'Imam) pendant son absence. C'est pour cette raison que
le Mujtahid est appelé le député de l'Imam.
Chapitre I
CONCERNANT ALLAH
La Croyance en Allah
Nous croyons aussi qu'Allah est Un et
Unique, et sans pareil. Il est Eternel, le Premier et le Dernier, ce qui veut
dire qu'IL existait avant la création et qu'IL demeurera après la fin de la
création. Il est Toujours Vivant, Sage, Puissant, Indépendant de toutes
choses, Tout-Entendant, Tout-Voyant, Omniscient et Juste. On ne peut pas Le
comparer avec Ses créatures. IL n'a ni corps, ni forme, ni substance, ni
figure. IL n'est ni lourd, ni léger, ni mobile, ni immobile. IL est au-dessus
du temps et du lieu puisqu'IL est le Créateur. Personne ne peut Le localiser,
puisqu'IL n'est pas confiné dans un lieu(25).
Personne ne Lui est similaire et personne ne peut être Son égal. IL n'a ni
épouse, ni progéniture, ni partenaire, et personne n'est comparable à Lui. La
vision ne peut Le percevoir alors qu'IL perçoit toutes les choses.
Quiconque Le compare avec Ses créatures
et suppose qu'IL ait un visage, des mains, des yeux, ou croit qu'IL descendra
du Ciel sur la Terre ou qu'IL apparaîtra devant les gens au Paradis, comme une
lune etc.(26)
, est semblable à celui qui ne croit pas
en Allah, ou qui multiplie Allah et devient ainsi coupable de polythéisme,
ignorant qu'Allah est au-dessus de tous ces défauts.
Similairement, ceux qui croient que le
Jour du Jugement, Allah se montrera devant Ses créatures, et que celles-ci LE
verront ce jour-là(27),
sont des incroyants, même s'ils continuent à affirmer verbalement qu'Allah n'a
pas de corps. Les tenants de cette vision d'Allah se sont arrêtés seulement au
sens apparent du Saint Coran et des Traditions sans se donner la peine
d'utiliser leur intelligence pour comprendre la lettre et l'esprit des versets
du Saint Coran. Ils ont renié leur intellect et l'ont figé. C'est pourquoi ils
n'ont pas pu analyser le sens apparent des mots selon les exigences de
l'analyse, de l'argumentation et des règles des métaphores et du sens figuré,
pour comprendre le sens réel du Coran, comme cela devrait être logiquement.
Tout ce que nous pouvons imaginer et
concevoir dans notre esprit à propos de n'importe quelle chose, c'est que
cette chose est une créature comme nous et que son existence est semblable à
la nôtre. Notre esprit ne saurait dépasser ces limites dans lesquelles il est
consigné. Cette vérité a été explicitement évoquée par l'Imam al-Bâqer.(28)
Le Monothéisme (Al-Tawhîd)
Nous croyons qu'Allah est Un à tous les
égards. Ainsi, de même qu'il faut penser qu'IL est Un dans Son Essence et dans
la nécessité de Son Existence, de même nous devons croire qu'IL est Un dans
ses Attributs en croyant que ceux-ci sont Son Essence même - comme nous le
verrons plus loin - et qu'IL n'a pas de pareil dans Ses Attributs: ainsi en
matière de Science et de Puissance, IL n'a pas de pareil; dans la création et
la fourniture des moyens de subsistance, IL n'a pas d'associé; et dans la
perfection, IL n'a pas de rival. (Voir: "Speak of Eloquence", I.S.P., 1984)
De même, après avoir cru en l'Unicité
d'Allah dans Son Essence et Ses Attributs, nous croyons en l'Unicité d'Allah
en matière d'adoration. Ainsi, en dehors de Lui, il est interdit d'adorer
quiconque et quoi que ce soit et sous quelque forme que ce soit. Il est
également interdit de Lui associer quoi que ce soit et qui que ce soit dans
toutes les sortes d'adorations, obligatoires ou non obligatoires, telle la
Prière (Aç-çalât) et les autres supplications.
Quiconque associe à Allah dans son
adoration toute autre personne ou chose est un polythéiste. Il a le même
statut que celui qui prétend adorer Allah, alors qu'il désire au fond de
lui-même la proximité de quelqu'un d'autre qu'Allah. Une telle personne, selon
les principes de l'Islam, est polythéiste et idolâtre, et il n'y a pas grande
différence entre les deux types d'adoration.(29)
Quant à la visite des lieux sacrés (tels
les tombeaux des Saints) ou à la participation à des rassemblements de deuils
est elles ne constituent pas une sorte de recherche de la proximité de
quelqu'un d'autre qu'Allah, comme l'ont (mal) compris ceux qui voudraient
dénigrer(30)
la voie des Chiites imamites, ignorant la vraie signification de ces pratiques
qui sont, bien au contraire, une manière adéquate de demander la proximité
d'Allah par l'accomplissement de bonnes actions, telles que la visite rendue à
un malade, la participation à des funérailles, la consolation apportée à un
pauvre. Lorsque nous rendons visite à un malade, nous accomplissons une bonne
action dans la mesure où nous visons la proximité d'Allah en essayant par
cette bonne action de Lui faire plaisir, et non pas de glorifier la personne
malade, ni d'obtenir sa faveur, ni de lui faire plaisir à titre d'adoration.
La même chose est vraie pour la visite des tombeaux ou la participation à des
processions de deuil ou la visite rendue à des Frères de Foi.
Quant à notre croyance que la visite des
tombes et la tenue de cérémonies de deuil sont de bonnes actions légales, elle
est
établie par la Jurisprudence musulmane,
et la nature de notre recherche ne nous permet pas d'en faire la démonstration
ici(31).
Ce qui est certain, la visite des
mausolées des Saints Imams n'est point une sorte d'association dans
l'adoration d'Allah, comme certains le croient. Elle a pour seul but de rendre
hommage à leur mémoire et de garder vivant dans notre esprit leur souvenir et
leurs mérites, et en cela nous nous conformons à ce que dit le Saint Coran:
«Quiconque respecte les symboles d'Allah, fait preuve d'un coeur pieux»
(Sourate al-Hajj, 22:32).
Il a été établi par le code religieux
que les actes de ce genre sont, nobles et recommandés. C'est pourquoi, la
personne qui les accomplit dans la seule intention de s'approcher d'Allah en
sera justement récompensée.
Les Attributs d'Allah
Nous croyons que les vrais Attributs
positifs d'Allah, qu'on appelle les Attributs des Perfection (Kamâl) et les
Attributs d'Esthétiques (Jamâl), tels que l'Omniscience, l'Omnipotence, l'Auto-Suffisance,
la Volonté Divine et l'Eternité sont identiques à Son Etre. Leur existence est
l'Existence même de l'Etre Divin. C'est pourquoi, du point de vue de
l'existence, par exemple le Pouvoir d'Allah est Son Etre, et Son Etre est Son
Pouvoir. Allah est Puissant parce qu'IL est Vivant et IL est Puissant. Il n'y
a pas de dualité entre Allah et Ses Attributs. Tous les Attributs de
Perfection d'Allah sont ainsi.
Toutefois, ces Attributs diffèrent l'un
de l'autre du point de vue du concept et de la signification. Par exemple, la
Connaissance d'Allah est autre chose que Sa Puissance, mais du point de vue de
Son Existence, ils sont les mêmes, car s'ils étaient différents du point de
vue de Son Existence (et l'hypothèse est que les Attributs d'Allah sont
pré-existants et auto-existants comme Son Etre)(32),
cela supposerait obligatoirement qu'il y ait plusieurs êtres auto-existants (wâjeb-ol-wojoud),
ce qui contredit le véritable fondement du Monothéisme de l'Etre Divin.(33)
Quant aux Attributs positifs
supplémentaires tels que le fait qu'IL est le Créateur, le Pourvoyeur des
moyens de subsistance, l'Eternel, et la Cause Première, ils sont tous dans un
seul vrai Attribut qui consiste en le fait qu'Allah est l'Auto-Subsistance (Qayyoum)(34).
Et le fait d'être Qayyoum est le seul Attribut d'où sont dérivés différents
Attributs tels que le fait d'être Créateur et Pourvoyeur de moyens de
subsistance, selon les différentes manifestations.
Les Attributs négatifs d'Allah sont
appelés les Attributs de Dignité (Jalâl). Ils nient tous la possibilité qu'IL
soit créé, c'est-à-dire qu'ils mettent en évidence le fait qu'IL n'a corps, ni
forme, ni mouvement, ni immobilité, ni poids, ni légèreté. En un mot, IL n'a
aucune imperfection. D'autre part, ces Attributs qui mettent en évidence le
fait qu'IL n'est pas créé prouvent qu'IL est Auto-Existant. Or, être
Auto-Existant fait partie de Ses Attributs positifs de Perfection. Donc les
Attributs de Jalâl (négatifs) reviennent en fin de compte à Ses Attributs de
Perfection (positifs). Ainsi, Allah est Un à tous les égards. Il n'y a pas de
pluralité dans Son Existence Divine. Il est évidemment vrai qu'Allah est, en
réalité, Un et seulement Un, et qu'IL n'y a aucune composition dans Son Etre.
Il est étrange de voir certains ramener
les Attributs positifs d'Allah à Ses Attributs négatifs, n'ayant pas pu
comprendre que les Attributs d'Allah sont inhérents à Son Etre, c'est-à-dire
qu'ils sont Son Etre même. Les tenants de cette notion ont pensé que pour être
sûr qu'on croit à l'Unicité de l'Etre (l'Essence) et à la négation de Sa
Pluralité, on doit ramener les Attributs positifs aux Attributs négatifs. Mais
ce faisant, ils sont tombés dans une erreur encore plus grave que ce qu'ils
avaient craint, puisqu'ils ont fait de l'Etre Sacré d'Allah Qui est
Auto-Existant et Qui est exempt de tous défauts et de toutes ressemblances,
les néant même et la négation même.(35)
Est aussi étrange la croyance de ceux
qui disent que les Attributs d'Allah sont additionnels à Son Etre, et qui
croient, par conséquent, que les Attributs d'Allah sont Pré-existants, tout
comme Son Etre, et qu'Allah est composé de Ses Attributs, ce qui les a
conduits à attribuer des partenaires à Allah. Mais Allah est au-dessus de
cela.(36)
Le Commandeur des Croyants, l'Imam Ali,
le premier des monothéistes a dit à ce propos: "La vraie croyance en Son
Unicité est de réaliser qu'IL est si absolument pur et au-dessus de la nature,
que rien ne peut s'ajouter à Lui, ni se soustraire de Lui, car on doit
comprendre qu'il n'y a pas de différence entre Sa personne et Ses Attributs.
Celui qui admettrait que Ses Attributs soient une addition à Son Etre
s'écarterait par là même du concept du monothéisme et croirait en la dualité
(Lui et Ses Attributs), et celui qui croit en la dualité d'Allah croit en fait
en Sa partition, et celui qui croit en Sa partition L'ignore. Il est ignorant
et essaiera toujours de croient à une création de son imagination, comme étant
sa déité. Et quiconque conçoit une telle croyance, admet une limitation à Son
Etre. Le confine en un lieu ou à des attributs particuliers, et Le rabaisser
au niveau de Ses créatures.(37)
La Justice d'Allah
Nous croyons que l'un des Attributs
positifs d'allah est le fait qu'IL est Juste. IL n'est injuste envers
personne. IL ne commet aucune oppression dans Ses Décisions, IL récompense
ceux qui obéissent à Ses Commandements, IL punit ceux qui commettent des
péchés, IL n'oblige pas Ses serviteurs à faire ce qui n'est pas en leur
pouvoir, IL ne les punit pas pour plus que ce qu'ils auraient commis.(38)
Nous croyons qu'Allah ne néglige aucune bonne action, sauf si celle-ci cède la
place à une meilleure. Allah ne commet aucun acte incorrect, parce qu'IL a le
Pouvoir de faire les bonnes choses et d'éviter les mauvaises choses. IL
connaît parfaitement l'excellence des bonnes actions et les mauvais effets des
mauvaises actions. IL ne peut être contraint d'abandonner les bonnes actions
pour en commettre de mauvaises à leur place. L'accomplissement de bonnes
actions ne Lui cause aucun mal pour qu'IL se voie forcé de les abandonner. IL
n'a pas éprouvé non plus le besoin de faire une mauvaise chose pour qu'IL
doive la faire. D'autre part, Allah est Sage et tous Ses Actes sont
systématiquement conformes à Sa Sagesse.(39)
Si Allah commettait une injustice ou une
mauvaise chose - et IL est trop éloigné d'un tel défait - ce serait pour l'une
des raisons suivantes: 1- soit parce qu'IL ignorerait le mauvais aspect du
mal; 2- soit parce que, tout en connaissant le mal, IL serait contraint de le
faire et incapable de le détester (le mal); 3- soit parce que, tout en
connaissant le mal, et sans être contraint de le faire, IL aurait quand même
besoin de le faire; 4- soit parce que, tout en connaissant le mal, et sans
être contraint ni avoir besoin de le faire, IL le ferait quand même, par
plaisir et absurdité.
Or, toutes ces suppositions qu'on
attribuerait à Allah sont impossibles, car pour qu'elles soient possibles il
faudrait supposer qu'il y ait une imperfection en Allah, alors qu'Allah est la
perfection même. C'est pourquoi nous ne pouvons qu'en déduire qu'IL est
dépouillé d'injustice et immunisé contre la possibilité de faire le mal.
Cependant quelques sectes Musulmanes
croient qu'il est possible qu'Allah puisse faire le mal(40).
Elles professent qu'Allah peut aussi bien punir les gens obéissants qu'envoyer
les pécheurs et même les infidèles au Paradis. Elles disent aussi qu'Allah
peut commander à Ses serviteurs de faire ce qui dépasse leur pouvoir et les
punir pour ne l'avoir pas fait. Pis encore, les adeptes de ces sectes
affirment qu'Allah peut égarer, opprimer et tromper Ses serviteurs, qu'IL peut
également faire des choses sans raison et sans Sagesse. Pour appuyer ces
croyances, elles citent le verset coranique suivant: «Il ne sera pas interrogé
sur ce qu'IL fait, mais les hommes seront interrogés» (Sourate al-Anbiyâ',
21:23).
Selon la croyance de ces gens, Allah
serait "injuste", "sot", "bouffon", "menteur", "trompeur". Ils croient qu'IL
est Celui Qui fait de mauvais actes et Qui néglige les bons actes. Mais nous
croyons fermement que l'Etre Sacré d'Allah est très éloigné de telles
inadmissibles aberrations de d'Allah, c'est la pire forme de blasphème pur et
simple.
Allah, le Tout-Puissant, dit dans des
versets coraniques qui n'admettent aucune interprétation allégorique:
«Allah ne veut pas l'injustice pour Ses
serviteurs» (Sourate al-Mo'men, 40:31).
«Allah n'aime pas la corruption»
(Sourate al-Baqarah, 2:205).
«Nous n'avons pas créé le ciel, la terre
et ce qu'il y a entre eux, par jeu» (Sourate al-Anbiyâ', 21:16).
«Je n'ai créé les djinns et les hommes
que pour qu'ils M'adorent» (Sourate al-Thâriyât, 51:56).
«...O Seigneur! TU es exempt de tout
défaut ou imperfection, et TU n'as pas créé tout cet univers mystérieux en
vain et sans finalité» (Sourate Ale `Imrân, 3:191).
L'Homme et ses Obligations
(Le Taklîf)
Nous croyons que le Tout-Puissant Allah
ne commande pas à Ses serviteurs de s'acquitter d'une obligation quelconque
qui les dépasserait ou qu'ils ne pourraient pas comprendre, sans leur avoir au
préalable fait connaître leurs responsabilités par la raison et la preuve(41),
car ce serait une pure injustice que d'ordonner à quelqu'un de faire quelque
chose qui dépasserait ses capacités, ou sans l'informer au préalable d'une
chose qu'il ne saurait faire sans aucune faute de sa part.
Toutefois, un Musulman qui néglige
d'apprendre ses obligations religieuses sera comptable devant Allah de sa
négligence, et puni en conséquence, car il incombe à tout Musulman de chercher
à connaître l'information requise sur les obligations et les Commandements
religieux.(42)
Nous croyons aussi qu'Allah ordonne à
Ses serviteurs de s'en tenir aux règlements et Commandements religieux qui
sont destinés à leur propre bien-être et à les conduire à la Paix et à la
prospérité. Il leur impose d'obéir à ces Commandements afin d'être guidés dans
le Droit Chemin du bien, des bénédictions et de la bienveillance, et d'être
protégés contre la malfaisance, la destruction, le chaos, et tous autres
méfaits qui pourraient les conduire vers les malheurs dans les deux mondes, et
contre lesquels Allah les met en garde, bien qu'IL sache que la plupart
d'entre eux ne vont pas Lui obéir.
La Guidance offerte par Allah est Sa
Bienfaisance et Sa Miséricorde envers Ses serviteurs, car ceux-ci ne
connaissent pas, dans la plupart des cas, leurs vrais intérêts ni leurs moyens
de bonheur, et ignorent beaucoup de choses qui leur sont nuisibles. Mais Allah
est Miséricordieux et Pardonneur. Ses Bénédictions et Sa Miséricorde sont
inhérentes à son Etre Absolu. Il est impossible que ces Attributs soient
dissociés de Lui. Ses Bénédictions et Sa Miséricorde sont éternelles et ne
peuvent être retirées de Ses serviteurs, même si ces derniers n'obéissent pas
toujours à Ses Commandements et qu'ils s'attirent eux-mêmes la malheur.
La Prédestination et le Décret Divin(43)
Les fatalistes (Mojabberah)(44)
disent qu'Allah est responsable des actes de Ses créateurs et qu'IL contraint
l'homme à commettre des péchés, pour lesquels IL le punit par la suite. En
outre, toujours selon eux, Allah forcerait l'homme à Lui obéir, en même temps
qu'IL le récompense pour avoir été obéissant. Les fatalistes affirment encore
qu'en réalité le véritable auteur des actes de l'homme est Allah, et qu'on
attribue à ce dernier la paternité de ces actes au sens figuré, parce que
l'homme est le moyen de leur exécution.
La raison de cette croyance réside dans
le fait de nier la relation naturelle qui existe entre la cause et l'effet, et
qu'Allah est la Vraie Cause et qu'il n'y a aucune conception d'autre cause ou
raison (Voir: Chahid Murtadhâ Mutahhary,"Man and Destiny", I.S.P., 1984)
Si les tenants de ce point de vue nient
la relation naturelle entre la cause et l'effet dans les choses existantes,
c'est parce qu'ils pensent que la croyance en Un Créateur et en Un Allah
Unique, le justifie. Mais selon notre croyance, à nous Imâmites, quiconque
conçoit Allah de cette façon, Lui attribue en fait l'injustice alors qu'Allah
n'est jamais injuste.
Les adeptes du libre arbitre (Mofawwidhah)(45)
croient qu'Allah a conféré à l'homme un plein pouvoir et une totale liberté
pour qu'il agissent selon sa propre volonté, et qu'IL a retiré Son Pouvoir et
Son Contrôle sur les actes de Ses serviteurs. L'argument qu'ils avancent à
l'appui de cette croyance consiste en ceci qu'associer les actes de l'homme à
Allah équivaut à attribuer des défauts à Allah, alors que la vraie cause de
ces actes est l'homme et les autres êtres, même si toutes les causes
reviennent à la Première Cause qui est Allah. Mais pour nous (Chiites
Imâmites), les tenants de ce point de vue séparent Allah de Son Pouvoir Absolu(46)
et Lui associent d'autres dans la création.
La croyance des Chiites, qui est la
ligne tracée par les Saints Imams professe que ni le premier courant, celui de
la contrainte (Jabr), ni le second, celui du libre arbitre absolu (Tafwîdh),
ne représentent la ligne correcte, laquelle se trouve dans une position
intermédiaire entre ces deux extrêmes, et ce sujet est tellement subtil et
délicat qu'il n'a pas pu être compris par les controversistes, c'est-à-dire
ceux qui croient au fatalisme (Mojabberah), ceux qui croient au libre arbitre
(Mofawwedhah), et ceux qui sont théologiens (Motakallemah). C'est d'ailleurs
ce qui les a conduits à tomber chacun dans un extrême. La connaissance et la
philosophie n'ont pu planifier la vraie signification de ce délicat sujet
qu'après plusieurs siècles de controverse, une fois qu'elles ont jeté une
ample lumière sur cette voie moyenne (Amrun bayn-al-Amrayn)(47).
Il n'est pas étonnant que ceux qui ne
connaissent pas la Sagesse des Imams (P) et leurs paroles, croient que cette
formule "la voie moyenne" est l'une des découvertes de quelques philosophes
occidentaux modernes, alors que nos Imams nous l'ont apprise il y a dix
siècles!
En effet, c'est notre Imam al-Çâdeq (P)
qui a expliqué ;a voie intermédiaire à travers son célèbre énoncé: "Ni
contrainte (Jabr), ni libre arbitre total (Tafwîdh), la vérité se trouve entre
les deux extrêmes". (48)
La Voie Intermédiaire (Amrun Bayn-al-Amrayn)
En réalité, la signification
sous-jacente de cette expression est riche en splendeur. Elle peut être
résumée ainsi: "D'une part, nos actes sont effectivement nos propres actes,
nous en sommes la cause réelle, ils sont sous notre contrôle et ils découlent
de notre choix, et d'autre part ils sont accomplis sous les auspices de la
Souveraineté d'Allah, car Allah est le Créateur et l'Octroyeur". En d'autre
terme, Allah ne nous oblige pas à faire ce que nous faisons, pour que nous ne
puissions pas dire qu'IL est injuste en nous punissant pour nos mauvaises
actions, car nous avons toute liberté et tout pouvoir de ne pas les accomplir.
Mais, d'un autre côté, IL ne nous abandonne pas totalement dans
l'accomplissement de ces actes, pour que nous ne puissions pas dire que
ceux-ci sont en dehors de Son Pouvoir, car c'est à Lui qu'appartiennent la
Création et la Souveraineté, et par conséquent, c'est Lui qui possède la
Domination et l'Autorité sur toute chose, et c'est Lui Qui entoure toute les
actions de Ses serviteurs.(49)
Toutefois, selon notre croyance, la
prédestination (Qadhâ') et le Décret Divin (Qadar) sont parmi les Secrets
d'Allah. Quiconque se sent capable de les comprendre sans les altérer dans
leur signification réelle peut découvrir la vérité, mais si une personne
n'arrive pas à les comprendre de cette façon, elle n'a pas à chercher à y
parvenir, de crainte que par manque de lucidité elle ne s'égare et ne détruise
sa croyance. La question de "Amrun bayn-al-Amrayn" est un sujet philosophique
extrêmement délicat et ne peut être comprise que par peu de gens bénis et
doués de Sagesse. C'est pour cette raison que de nombreux théologiens se sont
égarés.(50)
Vouloir forcer le commun des mortels à
comprendre cette question (Amrun bayn-al-Amrayn) et à agir en conséquence,
c'est aller au-delà de leur capacité. C'est pourquoi, il suffit pour chacun de
suivre les paroles des Saints Imams et de croire qu'il n'y a ni contrainte (Jabr)
ni libre arbitre absolu (Tafwîdh), et que la réalité est entre deux. Toutefois
cette question n'est pas l'un des principes de la Religion et il n'est pas
nécessaire de l'approfondir ni de la comprendre pleinement.
La Signification du Badâ'
Appliqué à l'homme, le mot Badâ',
signifie que quelqu'un conçoit d'une chose une opinion qu'il n'avait pas
auparavant, ou qu'il change d'avis concernant son intention de faire une chose
déjà décidée, à la suite d'un changement dans son opinion sur cette chose ou
dans sa connaissance de cette chose. Il décide donc de s'abstenir de faire
quelque chose qu'il voulait faire par ignorance, et sa nouvelle opinion
traduit son regret d'avoir voulu faire quelque chose qu'il ne veut plus faire.
Ainsi, on dit que quelqu'un a le Badâ'(51)
lorsqu'il abandonne sa décision de faire quelque chose. Ce changement et cette
substitution d'opinion sont dus à l'incapacité de l'homme de savoir ce qui est
bien pour lui, ou à son regret de ses actions passées.
Le Badâ', dans ce sens, est impossible
dans le cas d'Allah, car Allah est dépouillé d'ignorance et de défauts, et les
Chiites Imamites n'attribuent point cette signification du mot à Allah. L'Imam
Ja`far al-Çâdeq dit: «Si quelqu'un pense qu'Allah regrette Son action ou qu'IL
change Son intention, il est considéré comme Infidèle d'après notre croyance»(52).
Il dit, en outre: «Je me dissocie de quiconque pense qu'Allah n'aurait pas
connaissance d'une chose à l'avance et qu'IL changerait Son intention à son
propos après en avoir pris connaissance»(53).
Certains dires des Saints Imams, mal
interprétés et mal compris, ont laissé croire qu'ils attribuent à Allah la
signification de Badâ' appliquée à l'homme. En effet les ennemis des Ahl-ul-Bayt
citent le dire suivant de l'Imam Ja`far al-Çâdeq, en mettant en avant son
interprétation incorrecte et malveillante pour dénigrer les Musulmans
imâmites: «Allah n'avait jamais fait un "badâ'"(54)
sur une chose comme il l'a fait concernant mon fils Ismâ`îl»(55).
Des écrivains, s'accrochant à la
signification erronée donnée à ladite remarque de l'Imam al-Çâdeq,
s'appliquèrent à dénigrer les Chiites, pour les dénoncer injustement comme
étant des égarés, ignorant tout simplement qu'en vérité la signification
réelle de la remarque du Saint Imam n'est que la traduction fidèle du verset
coranique suivant: "Allah efface ce qu'IL veut et confirme ce qu'IL veut, et
l'original du Saint Livre est avec Lui" (Sourate al-Ra`d, 13:39). Ce verset
signifie qu'Allah pourrait faire apparaître à travers une déclaration du
Prophète ou de son lieutenant (Waly), ou par un quelconque autre moyen, toute
chose qu'il est opportun d'énoncer, mais qu'IL le change ou l'abolit par la
suite, bien qu'IL ait une pleine connaissance de tous ses aspects(56).
Cet incident est en fait exactement
similaire à celui survenu au Prophète Ismâ`îl et à son père, le Prophète
Ibrâhîm, et au cours duquel le premier a vu son père s'apprêter à l'égorger
comme sacrifice sur Ordre d'Allah, mais au moment où il (le Prophète Ibrâhîm)
allait accomplir son action, il fut déchargé de cette tâche(57).
Si on se fonde sur cet incident, on constate facilement que la signification
correcte de la remarque de l'Imam Ja`far al-Çâdeq est la suivante: "Allah ne
s'était jamais manifesté à travers une affaire autant qu'IL s'est manifesté
dans l'affaire d'Ismâ`îl (fils de l'Imam Ja`far al-Çâdeq), car Ismâ`îl étant
le fils aîné d'al-Çâdeq, il apparaissait aux yeux des gens comme étant le
successeur tout désigné de son père à l'Imamat. Allah l'a donc fait périr afin
que les gens puissent savoir qu'il n'était pas destiné à succéder à son père,
Ja`far al-Çâdeq comme Imam(58).
Ce qui s'approche de cette signification
de Badâ', c'est la question de l'abrogation des statuts des Lois Divines
antérieures par celles révélées à notre Prophète (P), ou même, l'abrogation de
certains Commandements apportés par notre Prophète lui-même(59)
.
Les Commandements
Nous croyons qu'Allah Tout-Puissant a
prescrit des Commandements au bénéfice de Ses serviteurs. Les Commandements
qui nous sont particulièrement bénéfiques sont aussi obligatoires (wâjeb) pour
nous. Il a interdit et déclaré illicites (harâm) pour nous les choses qui nous
sont nuisibles. Il a recommandé (mostahab) les choses qui nous sont utiles
jusqu'à un certain point. Tout ceci constitue une Justice et une Grâce (lotf)
de la part d'Allah envers Ses serviteurs. Allah a envoyé Ses Commandements(60)
pour envelopper tous les événements et incidents, même si nous n'avons pas
toujours accès à tous ces commandements. Mais rien n'est, en fait, au-delà de
la portée des Commandements Divins. En d'autres termes, nous devons savoir
qu'Allah ne nous ordonne pas de faire ce qui est mauvais, ni n'interdit pour
nous ce qui est utile.
Mais certaines Ecoles juridiques
Musulmanes disent que, est mauvais ce qu'Allah nous interdit de faire, et est
bon ce qu'Allah nous ordonne de faire, et qu'il n'y a rien qui soit bon ou
mauvais intrinsèquement dans les actes eux-mêmes(61)
. Cette croyance est généralement
considérée comme étant contraire à la raison et au bon sens commun, car les
tenants de cette croyance pensent qu'Allah peut faire ordonner ce qui est
mauvais et interdire les choses qui sont bonnes. Mais nous avons déjà
mentionné qu'une telle notion est absolument sans fondement, parce qu'elle
implique qu'Allah serait ignorant et incapable de faire certaines choses, ce
qui est, à notre sens, tout à fait au-dessus de ce qu'ils avancent.
En un mot, la croyance correcte est de
dire qu'Allah n'a aucun avantage à nous ordonner de faire les bonnes choses et
à nous interdire de faire les mauvaises choses, bien au contraire, il est
seulement de notre propre intérêt et à notre propre avantage de suivre les
Commandements Divins. Puisque certaines actions sont bonnes et certains autres
mauvaises, Allah nous a commandé, pour notre bien, d'accomplir celles qui sont
bonnes, et de nous abstenir de celles qui sont mauvaises. Ces Commandements
d'Allah, nous obligeant à faire certaines choses et à nous abstenir de
certaines autres choses, ne sont pas sans finalité, et Allah ne fonde pas Ses
serviteurs.
Chapitre II LA PROPHETIE
Les Signes du Prophète
Nous croyons que la Prophétie est une
Responsabilité Divine dont Allah charge Ses serviteurs élus parmi ceux qui
sont les plus parfaits et qui jouissent d'une position exaltée. Allah les
désigne pour qu'ils guident les gens vers la Paix, la prospérité et la
perfection.
Allah envoie Ses Prophètes avec une
Mission Divine afin qu'ils purifient les gens de l'immoralité, des actions
pécheresses, des mauvaises habitudes et des coutumes nuisibles, et pour qu'ils
leur enseignent la Sagesse et le Savoir ou, en un mot, afin de permettre à
l'homme d'atteindre au fait de la perfection digne de l'humanité dans les deux
mondes.
Nous croyons qu'Allah, le
Miséricordieux, envoie, selon la Loi de la Grâce Divin (lotf), dont la
signification sera expliquée plus loin, Ses Prophètes, afin qu'ils
accomplissent la mission de la Prophétie en guidant les gens et en opérant une
réforme dans le monde. Ils sont en fait les représentants d'Allah, agissant en
qualité d'intermédiaires entre Lui et les gens.
En outre, selon notre croyance, Allah
n'a pas donné à l'humanité le droit de désigner, de choisir ou de nommer
quiconque comme Prophète. Les gens n'ont pas leur mot à dire en la matière.
Seul Allah a autorité pour choisir et désigner Ses Prophète, étant donné qu'IL
dit: «Allah sait bien qui IL désigne comme Son Prophète» (Sourate al-An`âm,
6:124).
C'est pourquoi, les gens doivent sans
hésitation reconnaître les Prophètes et suivre leurs Commandements et
Enseignements. Ils ne doivent pas mettre en question l'autorité des Prophètes.
Ils n'ont pas le droit de les contredire, car Allah les a envoyés comme Guide,
porteurs de la Bonne Nouvelle, et Avertisseurs de ce qui arrivera(62).
La Prophétie est la Grâce d'Allah (lotf)
L'homme est un être étrange. Sa
condition est surprenante, et sa création, sur les plans de son corps, de son
âme et de son intellect, est très mystérieuse et déconcertante. En fait,
chaque être humain a été créé sous une forme particulière et avec des
caractéristiques spéciales. Il possède de telles tendances innées qu'elles le
conduisent aussi bien vers le mal que vers le bien.(63)
Parfois l'homme devient l'esclave de ses
passions, de son égoïsme, de son avidité, de sa vanité, et parfois, il se sent
le besoin d'affirmer sa supériorité sur les autres, d'amasser des fortunes et
de chercher la gloire dans ce monde.
Allah dit dans le Saint Coran: «L'homme
est voué à la perte...» (Sourate al-`Açr, 103:2). Dans une autre Sourate, IL
dit: «L'homme devient rebelle, dès qu'il se croit dans l'autosuffisance»
(Sourate al-`Alaq, 96:6). IL dit encore: «L'âme de l'homme l'incite au mal»
(Sourate Yousef, 12:53).
Il y a d'autres Versets qui indiquent
que l'homme a été créé avec des sentiments et des inclinations réfractaires.
Toutefois, Allah a doté l'homme d'une
faculté intellectuelle qui le guide vers le mieux-être et la prospérité. IL
l'a également doté d'une conscience qui l'incite à éviter de commettre des
mauvaises actions de des injustices, et qui le met en garde contre les
mauvaises conséquences des agissements ignobles.
Il y a toujours conflit entre les désirs
temporels et la raison à l'intérieur de l'homme lui-même. Celui qui parvient à
maintenir ses tentations sous le contrôle de son intellect se trouve au nombre
de ceux qui suivent la Voie de la Noblesse et de la Vertu et qui ont atteint à
la Lumière Spirituelle. Et celui qui laisse ses tentations dominer son
intellect et sa raison s'égare et dévie du Droit Chemin, il est semblable à un
animal sauvage sous une forme humaine.
Le conflit demeure entre ces deux forces
opposées à l'intérieur de l'âme humaine. Celui dont la raison l'emporte sur la
passion se trouve parmi les gens les plus élevés sur le plan de leur position,
les mieux dirigés sur le plan de leur humanité, et les plus parfaits sur le
plan de leur spiritualité; alors que celui dont la passion a raison de lui
descend parmi ceux qui se trouve à la plus basse position et qui sont
dégradés, sur le plan humain, au niveau des bestiaux. Ainsi, le résultat de la
soumission d'un homme à ses passions est l'égarement et l'abandon du Droit
Chemin de la Guidance. Il est tel que le décrit le Saint Coran dans le Verset
suivant: «(O Prophète) Quoi que tu fasses, la plupart des gens ne croient pas»
(Sourate Yousef, 12:103).
En outre, l'homme n'est pas en position
de distinguer ce qui est bénéfique de ce qui est nuisible pour lui, ni de
connaître les causes de sa prospérité ou de son infortune car, en raison de
son ignorance des choses qui l'entourent de tous côtés, et des choses qu'il a
lui-même inventées, il est ignorant des réalités. Il ne peut comprendre les
choses qui le concernent directement, ni n'est au courant des choses qui ont
des effets généraux sur l'humanité et la société. Plus il essaie d'approfondir
une chose, plus il se rend compte de l'étendue de son ignorance. L'homme a
donc un besoin impérieux de quelqu'un qui lui montre la voie de la prospérité
et de la Guidance afin de pouvoir, grâce à son orientation éclairée, diriger
son intellect et vaincre les mauvaises intentions qui l'habitent, lorsqu'il se
trouve en proie au conflit entre sa raison et ses tentations.
Le moment où l'homme a le plus
intensément besoin de la guidance de quelqu,un, c'est lorsque les propensions
et les inclinations charnelles le trompent en lui présentant une image
inversée de l'ordre réel des choses, le laissant prendre ses mauvaises actions
pour de bonnes actions et ses bonnes actions pour de mauvaises actions.
Lorsque les désirs temporels de l'homme
lui font perdre sa faculté de distinguer le bien du mal dans le jugement,
chacun de nous, qu'on l'admette ou non, devient la victime de sa stupidité, et
seuls ceux qu'Allah a destinés à être pieux et infaillibles parviennent à
avoir raison de leurs émotions et de leurs tentations.
C'est pourquoi il est difficile, même
pour l'homme instruit et civilisé - et que dire alors du commun des mortels et
des gens simples d'esprit ou ignorants - de parvenir tout seul à toutes les
voies du bien et du mieux-être, et de savoir ce qui lui est utile et ce qui
est nuisible (dans ce bas-monde et dans l'autre monde) concernant sa propre
personne, son milieu et sa société, et ceci même s'il se livre à des
concertations avec ses semblables, et organise des débats avec eux sur le
sujet.
Par conséquent, Allah a dû envoyer aux
hommes, par Miséricorde et par Bonté envers eux, des Prophètes, afin que
ceux-ci leur communiquent le Message Divin, les débarrassent des impuretés,
leur enseignent le Livre et la Sagesse, les mettent en garde contre les
conséquences de la corruption et de la destruction et leur annoncent la Bonne
Nouvelle qui résultera des vertus et des bonnes actions accomplies pour le
bien-être de l'humanité. En effet, Allah dit: «C'est Lui Qui a envoyé aux
ignorants un Prophète choisi parmi eux pour qu'il leur récite Sa Révélation,
les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (Sourate al-Jom`ah,
62:2).
La Grâce d'Allah et Sa Bonté envers Ses
serviteurs sont nécessaires, car elles constituent le signe de Sa Perfection
Absolue, puisqu'IL est Bon, Généreux et Bienfaisant envers Ses serviteurs. Si
les conditions sont réunies pour que la Générosité et la Grâce d'Allah soient
accordées, Allah le Très-Haut, accorde obligatoirement Sa Grâce, car il n'y a
pas de place pour l'avarice au sein de Sa Miséricorde, ni de défaillance dans
Sa Générosité et Sa Largesse.
Le sens d'obligation, ici, ne signifie
pas qu'Allah recevrait un ordre d'un quelconque être et qu'IL lui obéirait.
Allah est au-dessus d'une telle hypothèse absorbe. L'obligation a le même
sens, ici, que dans l'énoncé: "IL est Auto-Existant", c'est-à-dire que cette
Existence est inhérente à Allah, et qu'il est impossible qu'elle se sépare de
Lui. De la même façon, la Miséricorde et la Grâce ne peuvent être séparées
d'Allah.
Les Miracles des Prophètes
Nous croyons qu'Allah Tout-Puissant, qui
nomme Ses Prophètes pour la Guidance de l'humanité, fournit obligatoirement à
Ses serviteurs le moyen de reconnaître et d'identifier chaque Messager qu'IL
leur envoie. Le seul moyen de rendre les gens capables d'identifier leur
Prophète est de leur établir la preuve et l'attestation de sa Prophétie(64),
et Allah le fait nécessairement afin de compléter et parfaire pour eux Sa
Grâce et Sa Miséricorde. Cette preuve est obligatoirement du genre de celles
qui ne peuvent être établies que par le Créateur des êtres et le Régisseur des
existences, et qui ne sont pas à la portée de quiconque n'est pas un Créateur
Absolu, en un mot ladite preuve doit être nécessairement hors de la capacité
des humains. C'est ce genre particulier de preuve qu'on appelle "Miracle", ou
"Mo`jezah", c'est-à-dire quelque fait tel qu'il est impossible à l'homme de
l'imiter ou de reproduire son pareil.
De même qu'il est nécessaire que ce
Prophète montre son miracle, et ce faisant, convainque les gens, de même, il
est nécessaire que non seulement le commun des mortels, mais aussi les hommes
de Savoir et de Sagesse, les savants et les experts, soient incapables de
produire l'égal de ce miracle. En outre, il est nécessaire que le miracle soit
concomitant à la proclamation du Prophète et serve d'argument pour lui. Une
fois que des gens, comme les savants et les connaisseurs, se seront montrés
incapables d'accomplir quelque chose de semblable au miracle du Prophète, la
preuve aura été fournie que l'exploit de ce dernier dépasse la capacité de
l'homme et qu'il est surnaturel, ce que l'auteur de cet exploit surnaturel est
au-dessus du niveau des êtres humains, en raison de sa communication avec le
Régisseur des existences.